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Vous avez aimé la crise financière de 2008, vous allez adorer la prochaine
Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime”.
C’est un signe révélateur. Jusqu’au bout, les marchés n’ont pas voulu intégrer le risque d’un défaut de paiement de la Grèce. Grisés par les liquidités, ils font preuve d’un optimisme inébranlable. Rien ne vient entamer ce dernier, pas même les mauvaises nouvelles qui ne manquent pourtant pas. Déstabilisation de la péninsule arabique, signes de ralentissement de l’économie mondiale, etc., peu importe, l’indice VIX qui mesure la volatilité des marchés, autrement dit leur degré de stress et de peur, reste à son étiage. Très loin de ses sommets atteints pendant la crise de 2007 et 2008. “L’idée même du risque semble avoir disparu de la tête des investisseurs. Comme s’ils avaient souscrit une assurance tous risques auprès des banques centrales”, observe Christopher Dembik, analyse chez Saxo Bank. Pourtant, quelque chose ne va pas.
“L’idée même du risque semble avoir disparu de la tête des investisseurs. Comme s’ils avaient souscrit une assurance tous risques auprès des banques centrales”
“Les marchés d’actions surperforment et voient la vie en rose, alors que l’économie réelle continue de donner des signes de souffrance. Ce n’est pas cohérent, une partie se trompe” analyse Véronique Riches-Flores, économiste indépendante. Les marchés n’ont pas de mémoire. Ils ont oublié les crises passées – la crise boursière de 1987, la crise monétaire de 1993, la faillite et le sauvetage in extremis du fonds LTCM, ainsi que la crise de la balance des paiements des pays asiatiques en 1998, l’éclatement de la bulle Internet en 2001, et surtout la plus terrible d’entre elles, celle des subprimes et de la titrisation en 2007-2008, au cours de laquelle la planète financière avait failli exploser. Or les germes d’une prochaine crise – impossible, bien sûr, à dater, mais potentiellement plus dévastatrice – sont probablement déjà semés. Et il n’y a pas pire sans doute que ce sentiment actuel de fausse sécurité qui conduit à fermer les yeux sur ces risques.
Un déversement de liquidités sans précédent
Pour éviter un effondrement financier, feu Milton Friedman préconisait un largage de liquidités “par hélicoptère”. Les banques centrales ont suivi la recommandation du maître. Sans doute, à leur décharge, n’avaient-elles d’autre choix. La réserve fédérale américaine a ainsi injecté près de 3 500 milliards de dollars, et la Banque centrale européenne veut racheter 1 100 milliards d’euros d’actifs d’ici septembre 2016. Quant aux autres banques centrales (Angleterre, Japon), elles ne sont pas non plus en reste. Au total, le bilan des banques centrales a doublé, passant d’un peu moins de 3,5 % à quasiment 6,5 % du PIB mondial. Problème : cet argent censé soutenir l’économie n’est pas arrivé, jusqu’à présent, à ses destinataires, les ménages et les entreprises, via une relance du crédit. “Le canal bancaire sur lequel comptent les banques centrales ne fonctionne pas bien. Tant il est vrai que le financement de l’économie n’est plus au cœur de l’activité bancaire” analyse Jézabel Couppey-Soubeyran, spécialiste d’économie bancaire et financière.
“Problème : cet argent censé soutenir l’économie n’est pas arrivé, jusqu’à présent, à ses destinataires, les ménages et les entreprises, via une relance du crédit”
Où est passé alors cet argent ? Dans les marchés financiers. Le cours des actions a doublé en cinq ans à Wall Street, en deux ans à Tokyo, et les bourses européennes leur emboîtent le pas depuis que la Banque centrale européenne a annoncé, à son tour, la mise en œuvre de mesures non conventionnelles. Or ces mouvements haussiers sont largement déconnectés de la réalité économique et d’une croissance qui n’a rien de flamboyant. “On a confondu création monétaire et création de richesses” tranche l’économiste Charles Gave.
Une zone de taux d’intérêt inédite
Cet afflux de liquidités a eu pour effet d’écraser les taux d’intérêt à des niveaux historiquement bas, désormais proches de zéro sur quasiment toute la courbe. Une évolution souhaitée par les banques centrales elles-mêmes. “Cela fait plus de six ans que la Réserve fédérale fournit de l’argent gratuitement. Et la BCE l’a suivie. Or quand l’argent ne coûte rien, on ne peut faire que des bêtises”, déplore l’ex-banquier Jean-Michel Naulot. Pire, sur certaines échéances, les taux sont même devenus négatifs. Une situation qui peut être vue comme aberrante puisqu’elle revient à faire payer au prêteur le prix de sa sécurité. “Comment un système économique peut-il fonctionner sans une prime à l’incertitude liée au passage du temps ? Cela n’est tout simplement pas possible. On n’est plus dans un monde logique” estime Charles Gave.
“Quand l’argent ne coûte rien, on ne peut faire que des bêtises”
Quoi qu’il en soit, cette zone de taux d’intérêt inédite et ses anomalies ont pour effet de biaiser bon nombre de calculs économiques et financiers. Et donc de perturber la rationalité des acteurs. “Les investisseurs qui recherchent du rendement n’en trouvent plus par les voies traditionnelles. Priçant mal le risque, ils se tournent vers des actifs de moins en moins sûrs : junk bonds , actions spéculatives”, observe Christophe Nijdam, secrétaire général de l’ONG Finance Watch.
La finance, toujours un champ de mines
En 2009, les dirigeants du G20 avaient, on s’en souvient, affiché leur volonté de remettre la finance “à sa place”, c’est-à-dire au service de l’économie. Six ans, plus tard, force est de constater que la sphère financière, toujours hypertrophiée, tourne plus que jamais – et de plus en plus vite – sur elle-même, sans autre considération que son propre intérêt. “La finance mondiale reste un champ de mines”, diagnostique l’expert Paul Jorion. Et un champ en expansion continu. Le marché des dérivés s’élève désormais à près de 700 000 milliards de dollars, soit l’équivalent de dix fois le PIB mondial.
“Le marché des dérivés s’élève désormais à près de 700 000 milliards de dollars, soit l’équivalent de dix fois le PIB mondial”
Quant au “shadow banking”, cette finance de l’ombre qui échappe à la régulation, elle a continué à se développer, souvent au sein même de la finance officielle. Des instruments nouveaux, à fort potentiel déstabilisateur, sont apparus, tel le trading à haute fréquence (THF) qui n’existait quasiment pas avant la crise de 2008, et qui représente désormais la moitié des transactions. Par ailleurs, des segments de marchés connaissent de forts engouements comme celui des “repos” et des “prêts de titres” dans lequel des titres, par exemple de dettes, peuvent servir de garantie à de nouveaux emprunts. Des mécanismes où la fertilité de l’innovation financière le dispute à sa complexité. Un cocktail qui n’est pas sans rappeler les montages de titrisation qui avaient précédé la crise des subprimes et dans lesquels bon nombre de professionnels s’étaient eux-mêmes perdus.
Les failles d’une régulation inachevée
Autre promesse non tenue, celle de réguler le secteur de la finance. “On a fait deux pas en avant et un pas en arrière. En tout état de cause, le chemin parcouru n’a pas été suffisant” analyse Christophe Nijdam. “Les activités spéculatives des banques n’ont toujours pas été interdites” s’alarme pour sa part Jean-Michel Naulot. Le lobby des banques et des établissements financiers a opposé il est vrai une résistance farouche à toutes les tentatives d’encadrement. Si bien que les célèbres ratios prudentiels de Bâle III, censés mettre le secteur à l’abri d’une rechute, apparaissent à l’examen bien édulcorés. “Les banques ont gardé la main sur l’évaluation de leurs propres risques, ce qui les conduit naturellement à minimiser ces derniers. Résultat, les coussins de fonds de propres exigés apparaissent insuffisants.
“Les activités spéculatives des banques n’ont toujours pas été interdites”
Quoi qu’il en soit, le dispositif complet de prévention des risques ne sera pas opérationnel avant 2019 et 2020”, analyse Jézabel Couppey-Soubeyran. Un cadre qui laisse de toutes les façons sceptique Paul Jorion “Les niveaux de réserves ont été choisis sur la base d’une probabilité gaussienne d’accidents, c’est-à-dire ayant une répartition en cloche. Or les chocs financiers ne relèvent pas de cette catégorie du fait de leur caractère systémique. On l’a bien vu avec la faillite de l’assureur américain AIG en 2008. Celui-ci avait constitué des réserves à hauteur de 4 milliards de dollars. Or il a essuyé d’emblée des pertes de 85 milliards.” Garde-fous bien fragiles, les ratios prudentiels, en rassurant donc à bon compte, accroissent surtout dangereusement le sentiment d’une fausse sécurité.
Les signes d’exubérances irrationnelles
Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime”. Certains acteurs ont renoué avec les pratiques à très haut risque. Selon le régulateur britannique, plus d’un hedge fund sur dix utilise actuellement un effet de levier supérieur à 50, ce qui veut dire qu’ils gèrent des positions de marché correspondant à 50 fois le montant des fonds qu’ils ont en gestion ! De l’acrobatie sans filet. “Je retrouve actuellement à New York les mêmes signaux que ceux que j’avais observés pendant la période qui avait précédé la crise de 2007-2008 : un relâchement assez général de la vigilance, des prises de risques inconsidérées, des pratiques d’allocations de crédit qui ne font pas sens”, témoigne Édouard Tétreau, associé gérant de Mediafin.
“Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime””
Et comme en 2007, le foyer de ces excès semble logé aux États-Unis. Selon le prix Nobel Robert Shiller, grand expert de la formation des bulles spéculatives, le PER (price earning ratio) ajusté du cycle économique s’élève, à Wall Street, à 27, un niveau jamais atteint sauf en… 1929, 2000 et 2007. D’autres signes “d’exubérance irrationnelle” se manifestent, comme la multiplication d’“entreprises zombies” capables, par exemple dans les biotechs ou les réseaux sociaux, de drainer des capitaux sans aucun résultat, observe Christopher Dembik. Mais c’est surtout le retour spectaculaire des subprimes et des activités de repackaging et de titrisation des dettes qui fait remonter le souvenir de la crise. “40 % des crédits à la consommation distribués sur le marché américain le sont à destination de ménages… insolvables”, s’alarme Édouard Tétreau.
La menace bien réelle d’une crise systémique
Ne sommes-nous pas alors partis pour revivre une crise, du type de celle des Sicav monétaires qui, en août 2007, avait brutalement interrompu le marché interbancaire international ? Une crise de nature systémique donc, dans laquelle la chute d’un acteur de la chaîne entraîne tous les autres comme dans un jeu de dominos. L’interconnexion entre les acteurs – et donc leur dépendance les uns aux autres – n’a pas cessé de croître ces dernières années, et recommence à donner des sueurs froides à certains observateurs.
“Un même titre peut être revendiqué actuellement en moyenne par deux acteurs et demi, ce qui pose le problème de leur attribution en cas de course soudaine à la liquidité”
De véritables nœuds se sont formés. Sur le marché des “prêts de titres” et de “repos”, estimé à 20 000 milliards, un même titre peut être revendiqué actuellement en moyenne par deux acteurs et demi, ce qui pose le problème de leur attribution en cas de course soudaine à la liquidité. Les failles des chambres de compensation des marchés dérivés constituent une autre source d’inquiétude. Une demi-douzaine de banques de données ont certes été constituées, mais elles ne disposent pas de registres standardisés, si bien qu’en cas d’urgence à dénouer les positions, aucun opérateur n’y retrouvera ses petits. Panique assurée.
Quel sera le détonateur ?
Quel sera cette fois le détonateur de la crise ? Viendra-t-il des compagnies d’assurance-vie allemandes qui ont pris tous les risques pour tenir leurs promesses de rendement à 3 % dans un contexte de taux zéro ? Des craquements du vaste marché des “students loans” américains dont le manque de traçabilité commence à effrayer les professionnels les plus aguerris ? Ou bien de la bombe à retardement de la prochaine hausse des taux d’intérêt ? “Lorsque les taux sont à zéro comme aujourd’hui, le risque de sensibilité des titres à la remontée des taux est à son maximum, rappelle Christophe Nijdam. Une hausse des taux de 0 % à 1 % entraîne mécaniquement, pour une obligation à trente ans de 100, une perte en capital de 26 %, quasiment le double de l’impact d’une hausse de 4 à 5 %.”
“Une hausse des taux de 0 % à 1 % entraîne mécaniquement, pour une obligation à trente ans de 100, une perte en capital de 26 %, quasiment le double de l’impact d’une hausse de 4 à 5 %.”
Un carnage qui pourrait déstabiliser bien des portefeuilles obligataires, y compris institutionnels. La hausse des taux impactera aussi le marché des dérivés composés à 85 % de dérivés de taux… Stupeur et tremblements. Mais la crise viendra sans doute de là où personne ne l’attend, tel le battement de l’aile du papillon qui provoque l’ouragan à des milliers de kilomètres. Lorsqu’en octobre 2006 dans un comté perdu de l’État de Californie, le prix des maisons avait affiché ses premières baisses après plusieurs années de boom immobilier, personne n’avait prêté beaucoup d’attention à l’information. Ce fut pourtant le point de départ de ce qui allait devenir quelques mois plus tard la plus grave crise depuis 1929.
Publié le 08/04/2015
** Krach mondial, le retour ?**
C’est la grosse bulle qui enfle, qui enfle, qui enfle. Les autorités boursières chinoises ne savent plus comment endiguer la ruée des investisseurs. A Shanghai, les volumes sont désormais à plus de 150 % au-dessus de leur moyenne mensuelle. A Hong Kong, l’indice composite a gagné 100 % depuis l’été. Une folie alimentée en partie par les petits épargnants et les promesses de la banque centrale chinoise d’y aller de son programme de rachat d’actifs. Désormais, la crainte d’une nouvelle déflagration planétaire n’est plus une fiction. D’autant que Jamie Dimon, le tout-puisant président de JPMorgan, y est allé de son couplet apocalyptique. Dans sa lettre aux actionnaires rendue publique aujourd’hui, il écrit que la pire crise financière jamais vue dans l’histoire est devant nous, tant les liquidités incontrôlées se déversent sur les marchés. Krach, boum, hue !
L’argent coule à flot sur la planéte.
Avec les QE (planche à billets), ça dégouline de partout.
Les banques centrales entretiennent le moral des marchés en leur disant ce qu’ils veulent entendre.
Le microcosme des économistes se rallie chaque jours davantage à l’idée que nous allons décoller…
Que faire…bien sûr? éternelle question !
Vous connaissez mon point de vue.
on ne va pas contre le marché même si on ne le comprend pas.
Et surtout on n’anticipe pas ni dans un sens ni dans l’autre.
Depuis plusieurs mois nos positions (exposition aux actions et aux obligations "flexibles ) prospèrent. On ne les change pas.
il n’y a qu’une occupation…**surveiller ** et surtout réviser sa copie stratégique pour passer à l’action quand le temps de la purge viendra !
nota : ma femme me dit depuis plusieurs jours …as tu sécurisé les plus values ?
regarde t-elle trop « c’est dans l’air » ?
est-ce l’intuition féminine ?
A contrario je ne l’entends jamais me dire que c’est le moment d’acheter…
tiens donc ? aversion au risque? sûrement !
Ce dont je suis sûr c’est qu’elle finira par avoir raison et je me prépare à m’entendre « je te l’avais bien dit »
Mais pour l’instant je tiens la position.
Je reviens sur ces dix idées d’investissement pour 2015. Commençons par la première idée : préférer les obligations souveraines en dollars à celles en euros.
Bien.
Comment fait on sur les contrats linxea? Quels fonds ? (je n’ai pas trouvé…)
L’avis d’Olivier Delamarche peut-il être pris au sérieux lorsque l’on voit les pertes de ses fonds ou ex-fonds?
SocGen plus prudente sur les actions, repondère les taux et le crédit
L’équipe de stratégie de la banque revient vers un portefeuille plus équilibré dans l’anticipation de la remontée des taux directeurs de la Fed.
Jocelyn Jovène | 02/12/2014
Les stratégistes de Société Générale ont réduit la part des actions dans leur allocation modèle (de 60% à 50%) et ont accru le poids des obligations gouvernementales (de 18% à 23%) et du crédit d’entreprise (de 12% à 15%). La part des liquidités passe plus marginalement de 5% à 7% de leur portefeuille modèle.
Dans une note diffusée le 2 décembre aux investisseurs, l’équipe d’Alain Bokobza s’attend à un regain de volatilité sur les marchés financiers, une poursuite de la hausse du dollar et un « a-coup » sur les marchés actions qui pourrait survenir au cours du deuxième trimestre.
Elle anticipe une meilleure croissance économique globale, la baisse du pétrole redonnant du pouvoir d’achat aux ménages et aux entreprises industrielles dans le monde entier.
« Notre stratégie s’appuie sur une profonde désynchronisation des cycles économiques et monétaires. Nous continuons de préférer d’investir dans les marchés où, fin 2015, les conditions monétaires seront plus assouplies qu’actuellement : l’Asie et la zone euro », écrivent les stratégistes de Société Générale.
Au niveau de la poche actions, la banque s’attend à une surperformance des actions européennes et chinoises, et à une sous-performance des actions japonaises l’an prochain.
En Europe, « 2015 devrait voir l’impact positif d’un prix du pétrole plus bas et des taux négatifs de la BCE. Nous pensons que les dirigeants politiques vont concentrer leur attention sur les moteurs de croissance, la pression s’accentuant sur l’Allemagne qui risque d’être le seul pays de la zone euro dont le PIB risque de chuter en 2015 », note SG.
La banque recommande une attitude « contrarienne » à l’égard des actifs européens, en s’exposant aux obligations de la périphérie de la zone euro, aux actions de la zone euro (avec une approche longue sur le CAC et « short » sur le DAX). Elle conseille également de privilégier les actions et la dette du secteur bancaire européenne, malgré une sous-performance de la première catégorie.
Malgré la chute du pétrole, les stratégistes de la Société Générale se montrent en revanche prudent à l’égard du secteur et des actifs qui y sont liés.
BlackRock anticipe un regain de volatilité en 2015
Sur fond de divergences des politiques monétaires, les investisseurs peuvent privilégier les actions européennes et japonaises.
Jocelyn Jovène 10.12.2014
Des marchés financiers plus volatils et des valorisations tendues, voilà le monde dans lequel les investisseurs vont devoir évoluer en 2015, a estimé mercredi un représentant de BlackRock.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’il n’y aura pas d’opportunités, au contraire. Pour Jean Boivin, stratégiste au sein du BlackRock Investment Institute, et auparavant sous-ministre délégué des Finances et représentant du Canada au sein du G7, du G20 et du Conseil de stabilité financière, les politiques monétaires accommodantes en Europe et au Japon vont soutenir les actions de ces deux régions.
En zone euro, les anticipations de croissance économique et de hausse des profits sont modestes. Une surprise positive pourrait conduire à un retour des flux d’investissement sur la zone, ce qui favoriserait en premier lieu les actions.
Au Japon, l’activisme de la banque centrale et la modification de l’allocation de grands investisseurs institutionnels profiteront également aux actions japonaises, d’autant que « les valorisations y sont les plus faibles du monde développé », selon le BII.
En revanche, la divergence des politiques monétaires avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni sera source de volatilité sur les marchés financiers.
« Il y a un risque latent qui n’est pas capturé par les niveaux actuels de volatilité », observe le stratégiste. De ce fait, la hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis, attendue au cours du premier trimestre 2015, et l’avancement du cycle économique pourraient conduire à un regain de volatilité sur les marchés.
« Pour l’investisseur qui a un horizon d’investissement long, cette volatilité sera l’occasion de saisir des opportunités d’investissement à bon compte lors des phases de correction, mais il lui faudra aussi être flexible », ajoute Jean Boivin.
Investir en 2015 : les conseils des stratèges de la plus ancienne banque privée genevoise
Par Stanislas Feuillebois
Publié le 24/12/2014 à 08:53 - Mis à jour le 24/12/2014 à 08:53
Lombard Odier estime que l’Asie et l’Europe pourraient être les grands gagnants l’an prochain. Mais il faudra rester prudent sur les matières premières et l’or.
Les stratégistes de la banque privée suisse Lombard Odier ont établi une liste d’idées d’investissement pour 2015. Alors que l’embellie de l’économie américaine se confirme et que l’économie japonaise demeure sous perfusion, ils ne prévoient pas de spirale baissière de l’économie européenne malgré un risque déflationniste réel dans la plupart des pays de la zone euro. En outre, les stratèges estiment que l’économie européenne pourra s’appuyer sur la dépréciation de l’euro et sur la baisse des prix du pétrole. En Chine, la prudence s’impose. Mais selon eux, la solidité du marché du travail, une croissance des salaires supérieure à celle du Produit intérieur brut et le manque de logements modernes devraient permettre d’éviter un atterrissage trop brutal de l’économie chinoise.
Dans ce cadre, voici les principales idées de Lombard Odier pour investir en 2015 :
1 - Dans le contexte actuel de taux d’intérêt bas, privilégiez les actions (surtout européennes).
La banque privée insiste sur un environnement qui devrait rester favorable aux marchés actions en 2015. Mais pour l’établissement helvétique, la croissance des bénéfices des entreprises américaines sera inférieure au consensus des analystes en raison principalement de l’appréciation du dollar et de la hausse des salaires aux Etats-Unis. La banque privée choisit donc de privilégier des actions européennes et anticipe une progression de 7 % du bénéfice par action des entreprises européennes. Elle conseille de privilégier les valeurs financières et les valeurs «cycliques» de qualité.
2 - Restez prudent à l’égard des matières premières.
C’est une des questions majeures que les investisseurs se posent actuellement : comment va évoluer le prix du pétrole ? Les stratégistes de Lombard Odier ne prévoient pas un nouvel effondrement des prix de l’or noir; mais il n’y aura pas selon eux de renversement de tendance. Ce qui devrait stimuler la demande mondiale en donnant aux consommateurs un pouvoir d’achat accru. De ce fait, ils conseillent surtout d’éviter certains secteurs comme les mines et l’énergie.
3 - Surpondérer l’Asie par rapport à l’Amérique Latine et la Russie.
Selon Lombard Odier, l’Inde et certains pays d’Asie du Sud-est (Indonésie, Thaïlande) profiteront de la faiblesse des prix du pétrole. A l’inverse, des pays comme le Venezuela, le Brésil et la Russie devraient souffrir du recul du prix de l’or noir. Confrontés à des contraintes de capacités et à un emballement de l’inflation, le Brésil et la Russie pourraient durcir à nouveau leur politique monétaire. La banque suisse explique que ces deux pays risquent d’être pris dans un cercle vicieux de sorties de capitaux obligeant les banquiers centraux à relever les taux d’intérêt, ce qui pèsera sur l’activité.
4 - S’exposer à la consommation américaine tout en faisant preuve de sélectivité.
Selon la banque privée, la faiblesse des prix du pétrole va permettre un transfert de richesse des producteurs de pétrole américains aux consommateurs américains. Du coup, tous les secteurs axés sur la consommation devraient en bénéficier et en particulier les secteurs de la technologie et du commerce de détail.
5 - Restez à l’écart de l’or
Les gestionnaires privées jugent qu’en raison d’une forte corrélation avec les taux réels américains, aucune chance de rebond de l’once d’or n’est à prévoir dans les prochains mois.
En guise de conclusion, Lombard Odier estime que les inquiétudes des investisseurs ne se focaliseront plus sur l’endettement des banques américaines ni même sur l’exposition à la dette des banques de la zone euro. C’est plutôt la forte dépendance du crédit asiatique à l’égard des actifs financiers en dollars qui préoccupera le marché. Un dollar plus fort est synonyme d’un financement plus rare et donc de risque d’annulation de lignes de financement.
Crise de nerf sur les ETF obligataires: un choc majeur pour la Bourse ?
Par Romain Dion
Publié le 18/10/2015 à 10:03 - Mis à jour le 18/10/2015 à 10:00
Des fonds cotés investis en obligations d’entreprises sont confrontés à des sorties massives de capitaux. Une nouvelle détérioration sur le marché de la dette à haut rendement (high yield) provoquerait une nouvelle secousse sur les actions.
Selon une information publiée le 14 octobre par l’agence Reuters, plusieurs grands émetteurs américains d’ETF (trackers), dont First Trust, Guggenheim Investments et Vanguard Group, ont augmenté leurs lignes de crédit auprès des banques pour faire face à d’éventuelles sorties massives de fonds cotés investis sur des obligations privées réputées peu liquides.
Le compartiment de la dette américaine à « haut rendement » (high yield) suscite le plus d’inquiétudes aujourd’hui, avec un écart de rémunération (spread) sur le bon du Trésor qui dépasse 650 points et atteint même 1.100 points dans le secteur de l’énergie.
Tangi Le Liboux chez Aurel BGC souligne la dimension devenue systémique des ETF, alors que des dysfonctionnements voient le jour.
Ainsi, le 24 août dernier, en pleine panique boursière, l’ETF Guggenheim SP 500 Equal Weight, calculé par équipondération des valeurs du SP 500, s’est brutalement effondré, perdant près d’un tiers de sa valeur en moins d’un quart d’heure, alors que la baisse de l’indice sous-jacent était limitée à quelques pourcents. A la clôture, face à l’afflux des ordres de vente, le fonds d’un encours proche de 10 milliards de dollars décrochait à nouveau mais dans une moindre ampleur, pour retrouver à la clôture un cours proche de son actif net.
Ce fonds a été victime ce jour-là d’un gonflement exceptionnel des volumes échangés (six millions de titres contre une moyenne d’un million) et du retrait momentané des arbitragistes face à l’extrême volatilité du marché.
Le stratège rappelle que l’encours des ETF dépasse désormais 3.000 milliards de dollars dans le monde, soit plus que l’industrie des hedge funds.
Certains ETF sont devenus trop gros : Nomura Asset Management a suspendu les souscriptions de ses trois ETF à levier sur le Nikkei, qui représentent près d’un quart des positions ouvertes sur l’indice boursier nippon.
Selon Tangi Le Liboux, la menace est bien plus grande sur le marché de la dette privée où la liquidité est beaucoup plus faible. Sur le marché américain du high yield, les deux plus gros ETF, le iShares iBoxx High Yield Corporate Bond et leSPDR Barclays High Yield Bond, pèsent à eux deux près de 25 milliards de dollars.
Dans un scénario extrême où le prix du pétrole redescendrait sous 40 dollars le baril et où des faillites se multiplieraient dans le secteur énergétique américain, les ETF devraient alors vendre des titres en portefeuille pour faire face aux sorties de capitaux mais seraient confrontés à une liquidité insuffisante, menaçant de contagion d’autres marchés plus liquides.
Une opinion partagée par Ramin Nakisa chez UBS, pour qui une vente massive de junk bonds aux Etats-Unis affecterait aussi les actions des sociétés notées « triple A ».
L’industrie américaine des mutual funds atteint près de 18.000 milliards de dollars dont 1.400 milliards sont investis dans des fonds dits « hybrides », placés en actions et en obligations, souligne le stratège. L’encours de ces fonds hybrides est composé d’actions à 59% (843 milliards de dollars), de dette privée à 17% (243 milliards) et de dette fédérale pour 11%.
Pour certains cas extrêmes, l’exposition du fonds hybride à la dette privée dépasse 100% de l’actif grâce à l’effet de levier. Mais la moyenne de cette exposition atteint 14%.
UBS estime à 2.800 milliards de dollars la dette privée détenue par des mutual funds et des ETF, soit trois fois plus qu’en 2008, alors que dans le même temps les banques ont fortement réduit leur rôle de contrepartie sur ce marché, en raison des nouvelles contraintes réglementaires.
Conséquence : l’illiquidité du marché secondaire de la dette privée s’est accrue au moment où le stock progressait à vive allure, ce qui augmente le risque d’une panne d’émission (« credit crunch ») si une vente massive d’obligations survenait.
Contraints par la faible liquidité de la dette privée, les fonds hybrides devraient céder des actions pour faire face aux retraits. UBS a calculé l’exposition des quarante plus gros fonds de la catégorie, dont l’encours atteint près de 1.000 milliards de dollars.
Les fonds hybrides détiennent pour 7,4 milliards de dollars d’actions Microsoft, correspondant à cinq séances de Bourse. Ces fonds possèdent également 6,3 milliards de dollars d’actions JP Morgan Chase (six jours d’échanges), 5,8 milliards de Verizon (huit séances), 3,8 milliards de Wells Fargo (quatre jours), 3,9 milliards de Comcast (quatre séances), 3,6 milliards de General Electric (quatre jours), etc. Les secteurs les plus représentés dans les actions détenues par les fonds hybrides sont les utilities, les matériaux, l’énergie et l’industrie.
Dans le cas d’un durcissement des conditions de crédit bancaire, les écarts de rendement exigés sur les emprunteurs les plus fragiles pourraient encore s’élargir, si le cours des matières premières poursuivait son repli ou si le dollar s’appréciait davantage, ou encore si la conjoncture se détériorait de nouveau dans des pays émergents, menaçant alors l’ensemble de l’édifice.
La volatilité au menu des marchés en 2015 - Robeco
Les actions européennes restent une classe d’actifs à considérer, estime le gestionnaire d’actifs.
Jocelyn Jovène 26.11.2014
Les investisseurs devront faire face à des marchés financiers plus volatils en 2015, mais les actions, en particulier européennes, restent la meilleure option en matière d’allocation d’actifs, a estimé mercredi Peter Van der Welle, stratégiste chez Robeco.
Pour ce spécialiste, le passage d’un monde guidé par la liquidité à un monde piloté davantage par les « fondamentaux » (croissance économique, profits des entreprises…) sur fond de divergences de cycles économiques et monétaires entre les Etats-Unis et l’Europe rendra la construction de portefeuilles plus délicate.
Robeco s’attend à ce que la croissance économique s’accélère l’an prochain aux Etats-Unis, ce qui conduira la Fed à relever ses taux. Mais ce relèvement se traduira par un regain de volatilité car il n’est pas suffisamment anticipé par les investisseurs. « Le marché devra s’ajuster aux décisions de la Fed, pas l’inverse », a averti Peter Van der Welle.
La divergence de politiques monétaires sera un autre élément explicatif du regain de volatilité sur les marchés. Le stratégiste a toutefois estimé que la BCE ne devrait pas avoir à se lancer dans un assouplissement quantitatif élargi car la croissance de la zone euro devrait elle aussi s’améliorer, grâce à la baisse de l’euro et du cours du pétrole.
De son côté, la Fed va tenir un discours plus restrictif, mais elle restera attentive à l’impact de sa communication sur les anticipations des investisseurs. « La volatilité ne sera sans doute pas limite, car les banques centrales, notamment la Fed, suivent de près l’évolution des marchés », a expliqué Peter Van der Welle.
Cette divergence des politiques monétaires ne devrait toutefois pas empêcher la fin du rallye obligataire. D’un côté les marchés sont trop pessimistes quant au risque de déflation en zone euro. De l’autre, les rendements américains devraient accentuer leur hausse.
Dans un tel contexte, Robeco se dit prudemment optimiste sur le haut rendement, estimant que le niveau des spreads est suffisamment large à ce stade pour supporter la hausse des taux. Mais Peter Van der Welle recommande toutefois de faire attention au risque de liquidité de la classe d’actifs.
La situation sur le crédit de qualité (« investment grade ») est en revanche beaucoup plus difficile à tenir, car le rendement des obligations privées est aujourd’hui inférieur à certaines obligations gouvernementales, ce qui constitue une aberration selon le stratégiste.
Dans l’univers des actions, Peter Van der Welle privilégie l’Europe dans l’anticipation d’un rattrapage des résultats, en grande partie grâce à la baisse de l’euro et du cours des matières premières.
SSgA n’attend pas de remontée rapide des taux longs en 2015
L’appétit des investisseurs pour les actifs américains constitue une force mal appréciée par le marché, selon le gestionnaire d’actifs.
Jocelyn Jovène 26.11.2014
Avec une croissance économique américaine qui devrait s’accélérer l’an prochain autour de 3%, le débat sur la possibilité d’une remontée des taux de la Fed va s’intensifier. Mais attendre une remontée rapide des taux longs américains vers 3,5% voire 4% semble extrêmement optimiste, ont estimé mercredi des représentants de State Street Global Advisors (SSgA).
« Les investisseurs vont vouloir allouer plus de capitaux sur les Etats-Unis. Aussi, attendre une remontée significative des taux longs ne nous semble pas raisonnable », a affirmé mercredi Niall O’Leary, managing director chez SSgA. « La demande pour des actifs générant un rendement plus élevé va ‘caper’ la hausse des taux », a-t-il expliqué.
Le spécialiste ne s’attend pas à ce que les plus gros détenteurs de bons du Trésor américain (Fed, Chine, Japon, fonds souverains…) réduisent leur stock de titres. Il s’attend par ailleurs à ce que la Fed ne commence à normaliser sa politique monétaire que vers la fin du premier trimestre, ou au cours du deuxième trimestre.
SSgA anticipe un raffermissement de la croissance l’an prochain dans plusieurs pays développés, tandis que les pays émergents connaîtront toujours un rythme de croissance élevé.
En matière d’allocation, le gestionnaire considère que le crédit et le haut rendement « restent attrayants en relatif ». Il met en avant l’importance de protéger les portefeuilles contre le risque de regain de volatilité sur les marchés.
A court terme, SSgA sous-pondère les actions, mais adopte une vue plus constructive sur le moyen terme. Le crédit de qualité (« investment grade ») et les actions des pays émergents qui engagent des réformes sont à considérer, a indiqué Niall O’Leary.
Fidelity : les banques centrales, soutien des marchés obligataires en 2015
Les obligations indexées sur l’inflation et le haut rendement font partie des opportunités d’investissement à considérer l’an prochain.
Jocelyn Jovène 25.11.2014
L’expansion du bilan des banques centrales constituera un soutien des marchés obligataires, ont estimé mardi plusieurs gérants de Fidelity spécialistes de la classe d’actifs, et ce malgré la divergence des politiques entre les Etats-Unis, l’Europe et le Japon.
Pour Andy Wells, CIO taux et diversifié chez Fidelity, en dépit d’une remontée des taux directeurs de la Fed qui pourrait intervenir au cours du second semestre, les rendements obligataires devraient rester ancrés à des niveaux bas.
L’économie américaine devrait connaître un « bon » rythme de croissance l’an prochain, même si la question de la reprise des investissements reste posée. Surtout, l’amélioration du marché du travail (baisse du taux de chômage) et l’évolution de la démographie du pays pourraient contribuer à une remontée des salaires.
Un moyen de profiter d’une telle évolution est de parier sur les obligations indexées sur l’inflation, a expliqué le gérant, qui parie sur une remontée de 100 points de base des rendements à 10 ans. Les anticipations d’inflation sont en effet en recul depuis le début de l’année (2,28% actuellement contre 2,81% en début d’année), preuve d’un certain scepticisme dans le marché sur l’évolution des taux longs (en recul de 63 points de base depuis le 1er janvier).
En Europe, Andrei Gorodilov, responsable des fonds FF European High Yield et FF Emerging Market Corporate Debt, a estimé que l’Europe était coincée dans un régime de croissance faible, en grande partie à cause du manque de réformes structurelles et à un niveau d’endettement qui n’a pas encore commencé à baisser.
« La BCE est la seule en mesure de fournir un soutien » à l’économie. Il est de surcroît dangereux de douter de l’efficacité de l’action de la banque centrale européenne, a ajouté le gérant.
Cet environnement de croissance molle et de politiques monétaires accommodantes pèsera sur le niveau des rendements obligataires. Les investisseurs doivent toutefois s’attendre à des regains de volatilité sur les marchés, du fait notamment des tensions géopolitiques qui n’ont pas disparu.
La correction récente des marchés a offert de nouveaux points d’entrée sur le marché du haut rendement, et compte tenu d’un risque de défaut mesuré, le coupon sera la principale source de performance de la classe d’actifs pour les investisseurs.
Parmi les principaux facteurs de risque pour l’année qui vient, les gérants de Fidelity ont souligné le risque d’une déception sur la croissance économique des Etats-Unis, une guerre des changes et de nouvelles tensions géopolitiques.
Ils ont également souligné les craintes sur la liquidité des marchés. Le durcissement de la contrainte réglementaire sur les banques a conduit à un transfert de la gestion du risque de liquidités vers les gérants d’actifs.
Morgan Stanley voit le MSCI Europe gagner 11% en 2015
La banque anticipe une progression de 10% des résultats des entreprises en Europe et une nouvelle phase d’expansion des multiples de valorisation
Jocelyn Jovène 01.12.2014
Alors que ce sont les valeurs défensives et les titres à « faible béta » (qui sont peu voire moins volatiles que le reste du marché), les stratégistes de Morgan Stanley prévoient une performance à deux chiffres des actions européennes en 2015, avec un indice MSCI Europe en hausse de 11% (pas très éloigné des prévisions publiées le même jour par JPMorgan ou celles, la semaine dernière, de Goldman Sachs).
« Les valeurs défensives se traitent avec une prime de 30% par rapport au reste du marché et ont été plus chères 4% du temps au cours des 40 dernières années », écrivent Graham Secker, Matthew Garman, Sebastian Raedler, Krupa Patel et Hanyi Lim dans une note datée du 30 novembre.
Le multiple de valorisation de l’ensemble du marché devrait s’apprécier jusqu’à 15-15,5x les résultats prévus si la BCE s’engage dans un assouplissement quantitatif (« QE ») élargi, note Morgan Stanley. En prenant en compte une croissance des profits de 10% l’an prochain, l’indice MSCI Europe pourrait ainsi atteindre 1.560 points fin 2015.
Dans cet environnement, Morgan Stanley recommande de privilégier les valeurs cycliques et les financières. Les premières devraient profiter de la baisse de l’euro et d’une amélioration des nouvelles sur le front économique.
Les secondes devraient tirer parti d’une amélioration de la conjoncture au plan domestique et des initiatives de la BCE.
La banque s’attend également à ce que les petites et moyennes valeurs surperforment l’an prochain, également en raison d’une conjoncture plus favorable au plan domestique.
Morgan Stanley estime que les investisseurs peuvent s’intéresser à trois thèmes d’investissement l’an prochain : une remontée des rendements obligataires (qui est intervenue à la fin de que chaque épisode de « QE »), une surperformance des actions italiennes – elles bénéficieraient naturellement d’une intervention de la BCE – et une surperformance des valeurs liées au secteur de l’énergie (secteur qui délivre un rendement historiquement élevé).
JPMorgan « constructif » sur les actions européennes
Après une année décente, la banque pense que la classe d’actifs devrait continuer de bien se comporter en 2015.
Jocelyn Jovène 01.12.2014
« Les actions ont réussi à battre les obligations une fois encore en 2014 », notent dans une étude datée du 1er décembre les stratégistes de la banque JPMorgan, Mislav Matejka, Emmanuel Cau et Prabhav Bhadani.
Ils voient l’indice MSCI Europe à 1.550 points (+10%), le MSCI Eurozone à 215 points fin 2015 (+13%) et le FTSE 100 à 7.200 points (+7%).
Cette situation devrait perdurer en 2015, les actions européennes bénéficiant de plusieurs facteurs de soutien : l’expansion du bilan des banques centrales, et la reprise du crédit bancaire outre-Atlantique ; une croissance mondiale qui accélèrera vers 3% (contre 2,5% attendu en 2014) ; une valorisation relative attrayante.
Les stratégistes de la banque ne pensent pas qu’une remontée des taux directeurs de la Fed, attendue l’an prochain, ne provoquera de « déraillement » du marché actions. L’Europe devrait même surperformer les Etats-Unis, grâce à un rattrapage en matière de croissance bénéficiaire.
Il faut rappeler ici que JPMorgan avait déjà émis un pronostic guère différent fin 2013, qui ne s’était pas matérialisé faute de publications de résultats satisfaisantes et à cause d’interrogations sur la vigueur de la croissance en zone euro au cours de l’été.
JPMorgan a d’ailleurs toujours une vue prudente sur le Royaume-Uni (en raison du poids des valeurs exposées au cycle des matières premières), et surpondère les actions japonaises pour parier sur la remontée du taux d’inflation.
La banque s’attend en revanche à une « performance plus équilibrée » des actions émergentes en 2015.
Parmi les thématiques à jouer l’an prochain, JPMorgan parie sur les valeurs en retournement de la zone euro, les valeurs qui bénéficieront d’un cours du baril de pétrole durablement bas, des titres au Royaume-Uni exposés au risque politique, des valeurs exportatrices en zone euro et les actions qui ont un comportement obligataire (« bond proxys »).
Paroles d’experts: l’allocation d’actifs[/color]
Comment déterminer son allocation d’actifs dans un contexte marqué par le retour de la volatilité ?
Thomas Lancereau, CFA | 11/09/2015
La table ronde dédiée à l’allocation d’actifs qui s’est déroulée dans le cadre de la Conférence Morningstar du 8 septembre 2015 a rassemblé trois gérants talentueux qui se sont exprimés sur le regain de volatilité que l’on connaît depuis la fin de l’été : David Ganozzi, gérant de portefeuille chez Fidelity Investment Worldwide, Frédéric Leroux, gérant global chez Carmignac et Charles de Quinsonas, gérant chez M&G, spécialisé sur la dette privée émergente.
Regain de volatilité
Nos intervenants n’ont pas réagi au regain de volatilité observé depuis la fin de l’été de la même manière. Chez Carmignac, les dévaluations chinoises successives du mois d’août ont retenti comme un signal d’alarme et ont conduit les équipes de gestion à réduire sérieusement la voilure sur les actions portant l’exposition des fonds Carmignac Investissement et Carmignac Patrimoine à respectivement 60% (son minimum légal) et 10%. Cette réduction s’est faite via des produits dérivés plutôt que par une augmentation de l’allocation sur les obligations. Frédéric Leroux constate en effet que ces dernières n’ont pas joué leur rôle traditionnel de valeurs refuges certainement du fait des ventes d’obligations américaines par la Banque Centrale chinoise pour défendre sa monnaie après les dévaluations. Leroux justifie par ailleurs l’ampleur des ajustements en portefeuille par la situation économique et financière, inédite de son point de vue. Alors que pour préserver sa crédibilité, la Réserve Fédérale américaine ne devrait plus tarder à relever ses taux et ce alors même que l’économie chinoise montre de sérieux signes de faiblesse et que la croissance mondiale dans son ensemble n’est pas à la hauteur des attentes. Ces inquiétudes sur la Chine sont partagées par Charles de Quinsonas pour qui la dévaluation du yuan est une forme de reconnaissance d’une croissance plus faible. Pour lui, le vrai problème réside dans la dette des entreprises chinoises qui a crû bien plus vite que le PIB. L’affaiblissement de la monnaie devrait par ailleurs alourdir leur service de la dette et les pousser à s’endetter encore plus en monnaie locale… Cela implique notamment moins de transparence pour les investisseurs internationaux qui se verraient en outre reculer dans le degré de séniorité des emprunteurs, la loi sur les faillites en Chine privilégiant la dette en yuan sur les emprunts en devises.
Ce pessimisme n’est pas de mise chez Fidelity. Sans nier le ralentissement de la croissance en Chine, David Ganozzi pense que la correction des marchés boursiers a été exagérée et considère que les actions offrent dès lors du potentiel. Il concède cependant qu’une certaine volatilité n’est pas à exclure, ce qui est normal de ce point de vue, cette dernière ayant atteint des niveaux excessivement bas depuis le début des politiques hyper expansionnistes en 2009. Il ne craint pas la normalisation de la politique monétaire américaine mais l’attend au contraire comme un signal puissant que l’économie est de nouveau sur les rails. Pour lui, le quantitative easing a bien fonctionné comme en atteste la bonne tenue des chiffres de l’emploi américain.
Les marchés émergents restent boudés
Dans ce scénario, Ganozzi privilégie le marché actions européens et japonais au détriment de celui des Etats-Unis qu’il estime plus avancés dans le cycle économique. En zone euro, même s’il considère que la croissance n’est pas encore auto-entretenue, il pense que le niveau de la monnaie unique et la faiblesse du prix des matières premières devraient continuer à soutenir la consommation. Sans surprise compte tenu de ses perspectives prudentes sur les actions, Leroux a quant à lui plutôt tendance à favoriser les Etats-Unis dans son allocation régionale. Dans un contexte où la croissance est rare, les équipes de Carmignac y privilégient des valeurs moins sensibles à la conjoncture dans la santé, la biotechnologie ou l’internet. L’exposition au dollar est en revanche partiellement couverte, Leroux tablant sur une appréciation de l’euro et du yen dans un scénario « risk-off ». Historiquement très présente sur les marchés émergents, la société a considérablement réduit son exposition dans ces pays. Pour le spécialiste de la dette privée émergente, Charles de Quinsonas, cette prudence est amplement justifiée. La plupart des grands pays émergents ont selon lui des problèmes économiques et/ou politiques sérieux : la Chine bien sûr mais aussi le Brésil, la Russie ou la Turquie. Il pense néanmoins que la plupart de ces risques sont idiosyncratiques et qu’il n’y a pas de raison de condamner la classe d’actifs dans son ensemble. Il a même fait état de perspectives intéressantes pour des pays comme l’Inde, un avis partagé par Leroux.
L’impact de la baisse du prix des matières premières
L’Inde bénéficie notamment de la baisse du prix des matières premières contrairement à la plupart des pays d’Amérique Latine et la Russie. De Quinsonas note néanmoins que même si les fondamentaux de l’économie russe ont eu tendance à se dégrader à cause des sanctions internationales et de la chute du prix du pétrole, les entreprises privées ont fait preuve d’une bonne résilience et ont bénéficié de la dépréciation du rouble.
Interrogés sur l’existence d’éventuelles opportunités dans les entreprises liées aux matières premières, nos experts ont fait preuve de prudence. Pour Leroux, il est encore un peu tôt pour se réexposer à ce thème compte tenu des incertitudes qui pèsent sur la croissance chinoise. Ganozzi y conserve quant à lui une allocation « neutre » de l’ordre de 10% considérant que la correction a été un peu loin sur ces secteurs, qu’il utilise par ailleurs à des fin de diversification.
Allocation d’actifs : la prudence domine
Des airs de capitulation ressortent des allocations d’actifs des investisseurs internationaux, selon la dernière enquête de Bank of America Merrill Lynch.
Jocelyn Jovène | 15/09/2015
Au cours du mois de septembre, les anticipations de croissance de l’économie mondiale ont plongé, pesant sur le poids des actions dans l’allocation des investisseurs.
Selon la dernière enquête de Bank of America Merrill Lynch, « l’anomalie de septembre d’un niveau record de cash dans les allocations a été corrigée par une chute brute des anticipations de croissance mondiale (plus bas depuis juillet 2012) et de l’allocation des actions (plus bas depuis septembre 2012) », observent les stratégistes de la banque dans une note publiée mardi 15 septembre.
Le cash continue d’être la classe d’actifs privilégiée dans les changements d’allocations, avec un mouvement de fuite vers la qualité (consommation courante, obligations, Etats-Unis). Un mouvement logique au regard de la volatilité récente des marchés financiers, liée à la Chine et aux émergents. C’est d’ailleurs dans cette région du monde que les investisseurs identifient la plus grande source de risque actuellement, puisque 75% des sondés estiment qu’une récession en Chine et une crise de la dette émergente (défaut d’un pays) sont devenus des risques extrêmes (« tail risk »).
35% des investisseurs sondés ont une surpondération nette aux liquidités, niveau d’exposition le plus élevé depuis juin 2012. Il faut monter à la crise financière de 2008 pour retrouver les précédents records d’exposition à la classe d’actifs.
A l’inverse, 50% des sondés sont sous-exposés aux obligations et 32% aux matières premières. La vue négative sur cette dernière classe d’actifs est considérée comme étant l’un des paris les plus joués en ce moment sur les marchés, en particulier dans l’univers actions.
Au sein des actions, les investisseurs ont réduit leur sous-pondération aux actions américaines, mais maintiennent une nette préférence pour les actions de la zone euro (45% de surpondération).
Les actions émergentes restent l’un des actifs les plus détestés en ce moment (34% de sous-pondération nette, niveau jamais observé depuis que l’enquête existe).
A deux jours de la fin de la réunion du comité de politique monétaire de la Fed, les anticipations de hausse des taux directeurs ont été repoussées en décembre.
« Ce pessimisme très clair signifie que les actifs risqués sont mûrs pour un rebond (…). S’il n’y a pas de rallye, alors les marchés considéreront que l’on s’oriente de manière dangereuse et imminente vers un risque de récession et/ou de défaut », avertissent les stratégistes de BofAML dans leur note.
Bonjour
Point à mi parcours par Candriam
Bonsoir,
Je n’interviens plus que rarement ici, mais je lis encore de temps à autres, en particulier ce fil.
Pour ma part, je lis la situation actuelle comme un assainissement nécessaire après une hausse historique. Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel.
Jusqu’où ça va descendre ? Bien malin qui peut le prédire. Mais je pense que nous avons ce soir une première opportunité d’achat. Pas forcément la dernière (« idéalement », graphiquement, ce serait un CAC à 4800 pour moi). Mais étant donné qu’on ne vise jamais totalement « pile poil » en assurance vie, il faut bien se décider à un moment ou un autre. Cette baisse a été l’occasion pour moi aujourd’hui. Si ça baisse de nouveau de 200 points je charge davantage. En-dessous je n’y crois pas : qui a vraiment envie de se mesurer à Draghi ?
Pour la Grèce, indépendamment de la situation plus que difficile du peuple grec, et qui me préoccupe bien davantage que ce que je lis sur Boursorama, ce n’est qu’un prétexte, une « comedia » savamment orchestrée qui donne le prétexte nécessaire aux prises de profits.
Bill Gross : la fête est finie
05/05/2015 - Philippe Maupas
Le « Bond King » a du vague à l’âme et pronostique la fin des beaux jours pour les investisseurs
Bill Gross est un gérant obligataire américain légendaire. Surnommé le « Bond King », son départ de Pimco après des années et bons, loyaux et profitables services avait défrayé la chronique en septembre 2014 et incité les investisseurs à retirer des milliards de dollars du plus gros fonds obligataire mondial de l’époque, le Pimco Total Return Fund (dont les encours sont passés de 240 milliards au départ de Gross à 120 milliards aujourd’hui, et qui a été incidemment dépassé par un fonds indiciel Vanguard, devenu le plus gros fonds obligataire au monde).
Dorénavant chez Janus où il gère un fonds minuscule à l’aune de la taille de celui qu’il gérait chez Pimco (le Janus Global Unconstrained Bond Fund, dont l’encours au 30/4 s’élevait à 1,46 milliard de dollars), Gross livre sur un ton désenchanté ce qui s’apparente à une espèce de testament dans sa dernière note de conjoncture (en anglais), « A sense of an ending » (la fin d’une époque ?).
C’est dur de vieillir
Dans son style inimitable, Gross explique d’abord combien il est difficile d’avoir 70 ans : père et mère ont disparu, les amis, les vedettes de la même génération commencent à mourir.
Propos de comptoir qu’on n’a pas l’habitude le lire sous la plume d’un gérant de ce côté de l’Atlantique, mais qui sont monnaie courante aux Etats-Unis où Bill Gross et Warren Buffett ont la même aura intellectuelle que Jean-Paul Sartre en France entre les années cinquante et soixante-dix.
La fin des trente (cinq) glorieuses ?
Plus en phase avec ce qui intéresse les utilisateurs de Quantalys, Gross, après s’être apesanti sur l’état de ses artères, nous livre sa vision des marchés financiers et nous promet des lendemains qui déchantent.
Selon lui, la période dorée qui a débuté en 1981, sous Ronald Reagan, et a vu les marchés financiers, tant d’actions que d’obligations, enregistrer des performances stratosphériques, est sur le point de se terminer.
Gross prédit depuis quelques années la fin de l’âge d’or. Il reconnaît l’avoir fait trop tôt (comme ici dans son panorama d’investissement intitulé « A man in the mirror » publié en avril 2013), mais ne change pas son pronostic : selon lui, le remède actuel à la crise de la dette, à savoir plus de dette, ne peut se terminer que dans les pleurs. Les politiques d’assouplissement quantitatif et leur corollaire actuel, des taux d’intérêt négatifs sur certaines maturités de certains emprunts d’Etat, conduisent à des bulles sur la plupart des actifs.
Le propre des bulles étant qu’elles finissent toujours pas exploser, Gross nous confie son inquiétude. Et nous invite à la partager : « I have unrest, increasingly a great unrest. You should as well. »
Selon lui, les gérants et les investisseurs, égarés par 35 années de performances anormalement élevées, doivent diminuer considérablement leurs attentes en matière de rendement dans le futur. L’avenir sera au revenu, plus qu’aux plus-values en capital, et il conviendra d’utiliser un léger levier pour magnifier ce revenu, en ayant une gestion défensive.
Pour Gross, un ajustement inévitable se prépare, tant sur les obligations que sur les actions. Pour les obligations, même si les taux peuvent devenir encore plus négatifs sur certaines échéances et sur certains titres, ils repartiront en territoire positif. D’où son récent pari de shorter les obligations d’Etat allemandes (Bund) : quand les taux sont nuls, le coût du short l’est aussi, et la perspective de gain en cas de remontée du Bund à 1 ou 2% est de 15%, à un horizon certes indéterminé mais avec une probabilité très élevée.
Et quand les taux commenceront à remonter, la valorisation des actions va mécaniquement devoir baisser : quand on escompte les dividendes ou cash-flows futurs à un taux négatif, des valorisations très élevées sont justifiées. Dès lors que le taux auquel on escompte ces flux futurs redevient positif, les bénéfices doivent augmenter considérablement pour que les valorisations se maintiennent, ce qui semble improbable dans un environnement de faible croissance qui semble durable.
Gross regrette également que les gérants actifs n’aient pas baissé les frais de gestion depuis 1981 alors que les actifs gérés ont été multipliés par 20. Selon lui, l’industrie et ses acteurs estiment justifié d’être 20 fois plus riches en raison de leurs compétences, voire de l’introduction de techniques quantitatives et de produits dérivés complexes et parfois destructeurs qui ont conduit à la faillite de Lehman Brothers et à la Grande Dépression.
Manifestement, Bill Gross, dont la fortune personnelle est estimée par Forbes à 2,3 milliards de dollars, s’est parfaitement accommodé de cette situation pendant les 35 glorieuses.
So what ?
Que faire si l’on croit à ces prévisions ? A savoir que même le Bund (obligations de l’Etat allemand), réputé être l’actif le plus sûr au monde, risque de perdre 15% ?
Le market timing étant un art que personne ne maîtrise durablement, il convient seulement à notre sens de s’assurer que votre allocation d’actifs est toujours en phase avec votre durée d’investissement et votre tolérance au risque. Si c’est le cas, ne touchez à rien.
Et assurez-vous aussi que votre portefeuille est convenablement diversifié.
Rien de nouveau sous le soleil.
Philippe Maupas, CFA, CAIA, est co-fondateur de Quantalys et éditorialiste.