Le club des nostalgiques de la grandeur passée.
24/03/2017 PARLONS FINANCE
Le vote en faveur du « Brexit » et lâĂ©lection de Donald Trump en 2016 ont Ă©tĂ© interprĂ©tĂ©s comme des rĂ©sultats empreints de dynamiques politiques et sociales similaires. Au Royaume-Uni, les habitants aspiraient Ă regagner une souverainetĂ© pleine et entiĂšre, et un plus grand contrĂŽle de lâimmigration. Le Royaume-Uni a fait le choix de lâindĂ©pendance, au risque de perdre toute influence sur la scĂšne gĂ©opolitique, dans un monde dominĂ© par des grands blocs rĂ©gionaux. Aux Etats-Unis, lâimmigration a Ă©galement jouĂ© un rĂŽle important, car nombreux sont ceux qui estimaient que le pays ne recevait pas sa juste part des accords et des engagements extĂ©rieurs en vigueur. Ainsi, les Etats-Unis espĂšrent renouer avec leur suprĂ©matie Ă©conomique passĂ©e, en se basant sur une vision nationaliste Ă court-terme aux dĂ©pens du systĂšme actuel qui structure les relations internationales. Si le « Brexit » suscite de lâincertitude quant au devenir du Royaume-Uni, lâĂ©lection de Donald Trump soulĂšve de nombreuses questions sur lâordre mondial pour tout investisseur international. En effet, le « Brexit » ne concerne que les actifs britanniques alors que la prĂ©sidence Trump joue un rĂŽle central pour la plupart des actifs mondiaux.
Le programme de la nouvelle administration amĂ©ricaine est en fait relativement clair : une relance budgĂ©taire via des baisses dâimpĂŽt, moins de rĂ©glementation, des projets dâinfrastructure ; une rĂ©forme permettant au systĂšme fiscal amĂ©ricain dâĂȘtre plus compĂ©titif, et la renĂ©gociation au cas par cas des accords commerciaux. La Maison-Blanche et le CongrĂšs Ă majoritĂ© rĂ©publicaine sont en phase sur la plupart de ces points ; aussi, lâon peut sâattendre Ă ce quâils se concrĂ©tisent Ă un moment ou Ă un autre. Le programme de la nouvelle administration est positif pour la croissance et lâinflation amĂ©ricaines. Il implique une normalisation plus rapide de la politique monĂ©taire de la Fed, un dollar fort et une rotation des obligations vers les actions. Le marchĂ© a farouchement adhĂ©rĂ© Ă ces thĂšmes au lendemain de la victoire de Trump. Toutefois, depuis le dĂ©but de lâannĂ©e, les investisseurs semblent dubitatifs. Lâincertitude quant au calendrier et Ă lâampleur de ces rĂ©orientations politiques a refroidi leur enthousiasme initial. Les positions sont en train dâĂȘtre revues. Les acteurs Ă court terme et les sceptiques sĂ©culaires sâen vont. La mĂ©canisation des marchĂ©s intervenue au cours des derniĂšres annĂ©es, sous lâeffet de la rĂ©glementation et de la suprĂ©matie de la gestion des risques aux dĂ©pens des rendements, a rendu toute source dâincertitude Ă court terme presque insupportable. LâannĂ©e 2016 en est la preuve. Les Ă©vĂ©nements ont Ă©tĂ© considĂ©rĂ©s, ex-ante, comme extrĂȘmement graves, mais se sont rĂ©vĂ©lĂ©s nĂ©gligeables, ex-post, pour tout investisseur avec un horizon de placement supĂ©rieur Ă quelques semaines. Rien nâa changĂ© en 2017. Lâincertitude entourant le programme et la personnalitĂ© de Donald Trump a rĂ©ussi Ă faire perdre de vue la situation dâensemble aux investisseurs. Lâheure est venue de reconsidĂ©rer la situation objectivement.
Dans le cadre dâune dynamique de contre-choc pĂ©trolier, les forces reflationnistes ont suivi le point bas du prix du pĂ©trole, atteint il y un an. Ces mĂȘmes forces positives ont commencĂ© Ă surprendre Ă partir de la fin du 1er trimestre 2016, alors mĂȘme que les inquiĂ©tudes Ă lâĂ©gard de lâimminence dâune rĂ©cession aux Ătats-Unis Ă©taient grandes. Elles se sont Ă©galement rĂ©vĂ©lĂ©es ĂȘtre insensibles au vote en faveur du «Brexit». Cette reflation sous-estimĂ©e existait dĂ©jĂ bien avant lâĂ©lection amĂ©ricaine. Les participants sur les marchĂ©s et les autoritĂ©s monĂ©taires ont fait preuve dâune extrĂȘme prudence jusquâĂ cette Ă©lection, comme si le monde Ă©tait au bord de la dĂ©flation. La victoire surprise de Trump a provoquĂ© une réévaluation, attendue de longue date, de la reflation. Toutefois, le biais dĂ©flationniste nâa pas entiĂšrement disparu. Certains considĂšrent la reflation comme nâĂ©tant subordonnĂ©e quâĂ lâexpansion budgĂ©taire aux Ătats-Unis. Ceux lĂ -mĂȘme sont aujourdâhui trĂšs dĂ©sireux de dĂ©boucler leurs positions. Cette situation devrait ĂȘtre Ă lâorigine de fantastiques opportunitĂ©s dâachat. LâĂ©conomie amĂ©ricaine connaĂźt le plein emploi, elle est portĂ©e par une dynamique solide et elle devrait probablement se voir offrir un nouveau coup de fouet par des baisses dâimpĂŽt et une expansion budgĂ©taire en 2018. Il ne fait aucun doute que la croissance et lâinflation peuvent survivre Ă une telle combinaison.
Une reflation locale plutĂŽt que mondiale
Une certaine confusion semble rĂ©gner sur la nature de la dynamique reflationniste. LâaccĂ©lĂ©ration de lâinflation globale au niveau mondial, sous lâeffet de la stabilisation du prix du pĂ©trole autour des 40-60 dollars aprĂšs son point bas de fĂ©vrier 2016, est souvent qualifiĂ©e de « reflation mondiale ». Or, il sâagit en rĂ©alitĂ© dâune sortie de la dĂ©sinflation transitoire, interprĂ©tĂ©e Ă tort comme de la dĂ©flation durant la majeure partie de 2016. Ce malentendu est important pour lâavenir dans la mesure oĂč la « reflation mondiale » devrait prendre fin dâici mars 2017, lorsque les effets de base liĂ©s au prix du pĂ©trole seront susceptibles de culminer. Une nouvelle accĂ©lĂ©ration de lâinflation mondiale nâinterviendra que si les prix des matiĂšres premiĂšres renouent avec une tendance haussiĂšre durable. Or, et mĂȘme si un rebond du prix du pĂ©trole est attendu Ă trĂšs court terme, la production se trouve relancĂ©e dĂšs lors que le prix du baril atteint les 50 dollars, comme en tĂ©moigne la forte augmentation du nombre de puits de pĂ©trole aux Ătats-Unis depuis la mi-2016. Cela devrait empĂȘcher lâĂ©mergence de toute rĂ©elle tendance haussiĂšre, capable dâalimenter une inflation engendrĂ©e par les matiĂšres premiĂšres. Outre la plus forte Ă©lasticitĂ© des prix de lâoffre du pĂ©trole, il convient Ă©galement de prendre en compte les aspects liĂ©s Ă la demande dans les perspectives du prix du pĂ©trole. Le ralentissement devrait se poursuivre en 2017 en Chine, surtout via le secteur de la construction, privant de ce fait les matiĂšres premiĂšres dâun soutien de longue date. Contrairement au modĂšle classique des reprises mondiales oĂč les conditions initiales sont identiques dans tous les pays et toutes les rĂ©gions, et oĂč lâaccĂ©lĂ©ration de la croissance dans les pays dĂ©veloppĂ©s ouvre la voie Ă une augmentation des prix des matiĂšres premiĂšres en raison de la reprise durable dans les pays Ă©mergents, les cycles Ă©conomiques des pays dĂ©veloppĂ©s et Ă©mergents sont aujourdâhui dĂ©synchronisĂ©s. La Chine fait face Ă une pĂ©riode prolongĂ©e de croissance infĂ©rieure Ă 8 %, tandis que les pays dĂ©veloppĂ©s entrent Ă peine dans la derniĂšre phase de leur propre cycle Ă©conomique oĂč la croissance et lâinflation accĂ©lĂšrent. Une telle configuration ressemble Ă celle de la fin des annĂ©es 90, lorsque les prix des matiĂšres premiĂšres ne sâĂ©taient pas rĂ©ellement remis de la crise asiatique, alors que les pays dĂ©veloppĂ©s enregistraient quant Ă eux une croissance vigoureuse.
Lâabsence de risque Ă la hausse des prix des matiĂšres premiĂšres ne tient mĂȘme pas compte du possible revirement de la politique commerciale de Donald Trump. Toute impulsion en faveur de la mondialisation est propice Ă des pressions durables sur les prix des matiĂšres premiĂšres, dans la mesure oĂč la dĂ©localisation vers les pays plus gros consommateurs de matiĂšres premiĂšres devient la rĂšgle. Tout repli sur soi, consistant Ă tourner le dos Ă la mondialisation, a lâeffet inverse. Pour autant quâon puisse en juger, cela devrait exercer des pressions baissiĂšres sur les prix des matiĂšres premiĂšres. Si lâon ajoute Ă cela le fait que les Ătats-Unis sont un producteur Ă©nergĂ©tique de plus en plus important et lâengagement de Donald Trump Ă supprimer les contraintes rĂ©glementaires imposĂ©es au secteur, on peut mĂȘme dĂšs lors sâinquiĂ©ter du risque baissier entourant le prix du pĂ©trole par rapport Ă ses niveaux actuels. Tout cela ne laisse planer quâun risque limitĂ© de reflation mondiale Ă lâavenir.
Lâinflation devrait provenir des pays oĂč le rapport entre lâoffre et la demande est tendu, Ă savoir les pays non-producteurs de matiĂšres premiĂšres et non-mondialisĂ©s. Le cĆur de lâanalyse dĂ©coule des mesures de lâĂ©cart de production dans les diffĂ©rents pays. Tant les niveaux que les dynamiques divergent de façon saisissante entre les pays dĂ©veloppĂ©s et Ă©mergents. Les plus grands pays Ă©mergents ont hĂ©ritĂ© de capacitĂ© de production excĂ©dentaire de leur rĂ©cente et profonde rĂ©cession (Russie, BrĂ©sil et Argentine), de leur ralentissement attendu (Mexique) ou de leur tendance baissiĂšre prolongĂ©e (Chine). A lâinverse, les Ătats-Unis prĂ©sentent des signes de tensions du marchĂ© du travail, de pressions salariales et dâun risque inflationniste haussier, et ce, dans le contexte dâune accĂ©lĂ©ration de la croissance en 2017. MĂȘme si la capacitĂ© de production est encore excĂ©dentaire dans certains pays dâEurope, lâĂ©cart de production devrait progressivement se rĂ©sorber, compte tenu du rythme de la croissance par rapport Ă son potentiel. Il est Ă noter que la rĂ©glementation plus stricte du marchĂ© du travail en Europe rend la dynamique du marchĂ© du travail (baisse du chĂŽmage) plus importante que le niveau de lâĂ©cart de production (le niveau du chĂŽmage par rapport au niveau dâĂ©quilibre) pour la formation de tensions inflationnistes locales. Câest ce que les Ă©conomistes appellent « lâeffet dâhystĂ©rĂšse ». La vĂ©ritable reflation nâest ni mondiale, ni tirĂ©e par les matiĂšres premiĂšres. Elle est localisĂ©e dans les pays dĂ©veloppĂ©s et rĂ©sulte de tensions entre lâoffre et la demande des produits et services les moins commercialisables de ces Ă©conomies. Les Ătats-Unis ont un temps dâavance sur lâEurope et le Japon Ă cet Ă©gard. Câest pourquoi le financement en dollar amĂ©ricain risque encore de devenir plus cher au cours de lâannĂ©e Ă venir. Cela serait une fois encore un Ă©norme problĂšme pour les pays qui se voient imposer des conditions de financement en dollar tels que les pays Ă©mergents, mais beaucoup moins pour lâEurope et le Japon qui jouissent de financements indĂ©pendants dans leurs propres devises.
Lâenthousiasme actuel pour la « reflation mondiale » a soutenu les devises des pays producteurs de matiĂšres premiĂšres et les actifs des marchĂ©s Ă©mergents, surtout dans un contexte marquĂ© par des investisseurs cherchant Ă Ă©viter lâEurope avant lâĂ©lection prĂ©sidentielle française dâavril-mai. A partir de mars, lâeffet de base liĂ© au pĂ©trole devrait se faire moindre et discrĂ©diter ainsi la nature « mondiale » de la reflation. Dans le mĂȘme temps, lâinflation sous-jacente aux Ătats-Unis devrait se renforcer compte tenu de la vigueur de lâĂ©conomie en 2017. Tout dâabord un phĂ©nomĂšne propre aux Ătats-Unis, cette reflation « locale » devrait Ă©galement gagner lâEurope continentale et le Japon plus tard en 2017 ou en 2018. La mĂ©prise entre la reflation « mondiale » et « locale » devrait se dissiper Ă mesure que le risque politique en Europe perd de son acuitĂ©, plus probablement aprĂšs lâĂ©lection prĂ©sidentielle française au dĂ©but du mois de mai. Les stratĂ©gies de valeur relative entre les rĂ©gions (lâEurope, les pays producteurs de matiĂšres premiĂšres et les pays Ă©mergents) devraient permettre aux portefeuilles internationaux dâoffrir des ratios dâinformation attractifs en 2017.
La derniĂšre possibilitĂ© dâun coup de théùtre politique : le 7 mai
Le rejet du rĂ©fĂ©rendum en Italie a constituĂ© la premiĂšre nouvelle rassurante pour toute personne prĂ©occupĂ©e par le risque de voir des partis « anti-establishment » arriver au pouvoir et remettre en question lâappartenance de lâItalie Ă lâUME et Ă lâUE. De plus, la Cour constitutionnelle italienne sâest dĂ©finitivement prononcĂ©e contre le systĂšme de scrutin (Ă deux tours) pour la Chambre des dĂ©putĂ©s, supprimant ainsi dĂ©finitivement un tel risque aux prochaines Ă©lections lĂ©gislatives (probablement au 1er trimestre 2018). En particulier, sur la base des sondages dâopinion actuels, un systĂšme Ă un seul tour met la barre trop haute pour permettre aux partis « anti-establishment » de remporter une majoritĂ© Ă la Chambre des dĂ©putĂ©s. De façon plus absolue toutefois, et quoi quâil se passe Ă la Chambre des dĂ©putĂ©s, le SĂ©nat est toujours Ă©lu grĂące Ă un mode de scrutin dominĂ© par la proportionnelle, permettant ainsi aux partis traditionnels de rester aux commandes. GrĂące au vote en faveur du non lors du rĂ©fĂ©rendum, le SĂ©nat et la Chambre des dĂ©putĂ©s demeurent donc sur un mĂȘme pied dâĂ©galitĂ© dans le cadre de la nomination du gouvernement et de lâadoption des lois. Ce faisant, dans lâĂ©ventualitĂ© peu probable de partis « anti- establishment » majoritaires Ă la Chambre des dĂ©putĂ©s, ceux-ci seraient incapables de former un gouvernement ou de proposer des lois menaçant les engagements actuels Ă lâĂ©gard de lâUME et de lâUE. Les investisseurs cherchant Ă identifier les perturbations institutionnelles en Europe auraient donc aujourdâhui tort de se polariser sur lâItalie. Selon les sondages actuels, ils ne devraient pas non plus se tourner vers les Pays-Bas et lâAllemagne. Les partis dâextrĂȘme-droite, anti-immigration et « anti-establishment » pourraient tout au plus remporter, respectivement, 20 % et 11 % du Parlement. Tous les autres partis ayant exclu de former une coalition avec ces partis dâextrĂȘme-droite, des gouvernements pro- UE dans les deux pays sont quasiment garantis au jour dâaujourdâhui.
La principale inconnue pour les investisseurs demeure donc celle dâune victoire du parti dâextrĂȘme- droite, le Front National (FN), au second tour de lâĂ©lection prĂ©sidentielle française. La candidate du FN, Marine Le Pen, fait la course en tĂȘte dans les sondages au premier tour ; elle a donc de grandes chances de figurer au second tour. Ses rivaux probables sont toujours censĂ©s remporter le second tour, mais avec un Ă©cart qui ne permet pas dâexclure complĂštement une victoire du FN. Son fort taux de rejet devrait toutefois rendre extrĂȘmement difficile une victoire finale. Pour autant, lâabstention pourrait ĂȘtre suffisamment Ă©levĂ©e pour faire du second tour une bataille Ă©lectorale serrĂ©e. Les investisseurs pourraient ainsi bien devoir attendre jusquâau 7 mai afin dây voir plus clair sur le risque politique en Europe. Au mĂȘme titre que le rĂ©fĂ©rendum sur le « Brexit » et lâĂ©lection prĂ©sidentielle aux Ătats-Unis, lâĂ©lection prĂ©sidentielle française est devenue le centre de lâattention des investisseurs en 2017. Si un PrĂ©sident pro-UE ressort des urnes Ă lâissue de lâĂ©lection prĂ©sidentielle, le feu serait alors au vert pour les actifs risquĂ©s europĂ©ens actuellement victimes dâune importante prime de risque politique. Dans lâĂ©ventualitĂ© peu probable oĂč Marine Le Pen deviendrait PrĂ©sidente, rien ne se passerait toutefois avant les Ă©lections lĂ©gislatives. En effet, le systĂšme de scrutin et lâabsence de proportionnelle pour lâĂ©lection des dĂ©putĂ©s français en juin Ă la suite de lâĂ©lection prĂ©sidentielle laisserait Ă coup sĂ»r le FN bien loin dâune majoritĂ©. Si lâon en croit les sondages, le FN ne pourrait espĂ©rer quâun maximum de 10 % de dĂ©putĂ©s au Parlement lors des Ă©lections lĂ©gislatives de juin. Tout comme en Italie, câest bel et bien une paralysie politique qui est le scĂ©nario- catastrophe pour la France, et non une sortie de lâUE ou de lâUME. En effet, il nây aurait ni moyen dĂ©mocratique ni juridique pour remettre en question les engagements europĂ©ens avec un Parlement pro- Europe en place.
Le plus probable est que la France paierait alors le prix de lâincertitude politique via un durcissement des conditions financiĂšres, comme ce fut le cas en Italie entre mi-2011 et 2013, agissant comme un triste rappel Ă la rĂ©alitĂ© pour la population et les politiciens. Une prĂ©sidence Le Pen entraĂźnerait le chaos en France, mais trĂšs probablement Ă trĂšs court terme uniquement. En effet, les changements institutionnels prĂŽnĂ©s par le FN et craints par certains institutionnels ne se produiraient pas. Le risque dâun Ă©clatement de lâUE serait ainsi beaucoup plus tĂ©nu que celui redoutĂ© Ă lâheure actuelle. Une fois au pouvoir, les partis populistes et « anti-establishment » ne peuvent que perdre leur soutien. De par les coĂ»ts Ă©conomiques et sociaux de leurs politiques impraticables, ils finissent par ĂȘtre contraints de se plier Ă la rĂ©alitĂ© du monde en revenant Ă des politiques conventionnelles et perdent ainsi les voix protestataires des Ă©lecteurs dĂ©sespĂ©rĂ©s. Comme en GrĂšce et en Espagne, une victoire de Le Pen serait un mal Ă court terme pour la France et lâUE, pour un bien plus important Ă long terme. Les 40 % dâĂ©lecteurs protestataires auraient ainsi tentĂ© leur chance et il ne resterait plus alors quâaux 60 % dâĂ©lecteurs rĂ©formistes de lâemporter sur un horizon Ă moyen terme Ă lâissue dâune crise de brĂšve durĂ©e. Les investisseurs ne devraient pas prĂȘter autant dâattention aux prophĂštes de malheur Ă lâĂ©gard de lâEurope et considĂ©rer lâhistoire et les institutions comme des Ă©lĂ©ments clĂ©s dans leurs analyses.
Dans lâĂ©ventualitĂ© la plus probable dâun PrĂ©sident français partisan de lâEurope, non seulement le risque politique au sein de lâUE sâĂ©vaporerait, mais elle ouvrirait Ă©galement la voie Ă une nouvelle dynamique pro- europĂ©enne de la part de gouvernements fraichement Ă©lus (Pays-Bas, France et Allemagne) pour les annĂ©es Ă venir. Les Ătats-membres seraient plus enclins Ă sâunir sous les banniĂšres de lâEU et de lâUME afin de relever les dĂ©fis internationaux actuels, comme notamment la dĂ©fense, lâimmigration en provenance des pays en dehors de lâUE, le terrorisme, le « Brexit » et les relations avec la Russie et avec la nouvelle administration amĂ©ricaine. Pour les investisseurs, le risque basculerait soudainement de la dĂ©sintĂ©gration de lâUE Ă tous les autres prĂ©occupations en dehors de lâUE. En dâautres termes, lâUE se transformerait en un bloc plus intĂ©grĂ© et en une source de stabilitĂ© gĂ©opolitique et Ă©conomique, offrant ainsi une meilleure visibilitĂ© et, par lĂ mĂȘme, des actifs plus sĂ»rs pour les investisseurs internationaux.
Gardez un Ćil sur le 7 mai, mais ne nĂ©gligez pas lâĂ©norme potentiel haussier offert par les actifs europĂ©ens dans lâĂ©ventualitĂ© de lâissue la plus probable. Enfin, les investisseurs rĂ©serveraient probablement un bon accueil Ă une telle possibilitĂ© dans la mesure oĂč ils accumulent actuellement des positions, en partie par dĂ©faut, en vertu de thĂšmes qui ont toutes les chances dâĂȘtre mis Ă trĂšs rude Ă©preuve aprĂšs lâĂ©tĂ© par la relance budgĂ©taire aux Ătats-Unis, lâaccĂ©lĂ©ration du rythme de la normalisation de la politique de la Fed et lâextrĂȘme fragilitĂ© de la Chine sous lâeffet des sorties de capitaux. En dâautres termes, 2017 devrait ĂȘtre une annĂ©e en deux temps et, par lĂ mĂȘme, offrir dâintĂ©ressantes opportunitĂ©s dâarbitrage au sein des diffĂ©rents thĂšmes et des diffĂ©rentes rĂ©gions. Une fois encore, une grande partie de la crĂ©ation dâalpha devrait dĂ©couler de lâinterprĂ©tation faite de la mĂ©canisation des marchĂ©s et de la façon dont elle divise lâannĂ©e en sous-pĂ©riodes. Arbitrer les contraintes des autres, ne pas rĂ©agir de maniĂšre excessive aux pĂ©ripĂ©ties Ă court terme et garder un Ćil objectif sur la situation globale devraient permettre aux investisseurs de bĂ©nĂ©ficier de bonnes performances en 2017.
Publié à Londres, le 24 février 2017.