Quand Bruno Crastes (H2O AM) nous parle du pistolet sur la tempeâŠ
Publié le 17 Octobre 2016
Bruno Crastes, fondateur de H2O AM, Ă©tait trĂšs Ă©coutĂ© Ă lâoccasion de la confĂ©rence organisĂ©e par Natixis Global AM mercredi 12 octobre. Le gĂ©rant sâest exprimĂ© sur la volatilitĂ© des marchĂ©s et sur les prochaines tendances quâil anticipe sur le marchĂ© des taux.
AprĂšs avoir Ă©tĂ© fortement chahutĂ© en dĂ©but dâannĂ©e et lors du Brexit, le fonds H2O MultistratĂ©gies (-9,61% YTD) gĂ©rĂ© par Bruno Crastes remonte progressivement la pente.
« Cette annĂ©e, tout ne sâest pas passĂ© comme on lâattendait » a reconnu le fondeur de H2O AM en introduction de sa prĂ©sentation. Pour lui, ces choix contrariĂ©s sont surtout dus au comportement « compliquĂ© » des marchĂ©s depuis le dĂ©but de lâannĂ©e.
« Les fantĂŽmes de 2008 et de 2011 sont toujours prĂ©sents dans lâinconscient des investisseurs » a-t-il affirmĂ©, et le comportement de ces derniers « induit une certaine mĂ©canisation des marchĂ©s ». Cette « mĂ©canisation » serait notamment due au mimĂ©tisme qui sâobserve dans les choix des investisseurs, au dĂ©triment de lâanalyse des variables Ă©conomiques fondamentales.
Ainsi, pour le gĂ©rant, « Il y a dĂ©sormais une forme dâhomĂ©ostasie des marchĂ©s financiers ». Le terme dĂ©signe le fait quâun organisme reste Ă tempĂ©rature constante quel que soit lâenvironnement extĂ©rieur. En effet, Bruno Crastes estime que les variations des marchĂ©s « ne sont plus du tout liĂ©es aux Ă©lĂ©ments extĂ©rieurs ».
Ainsi, « Certains actifs [perçus comme peu risquĂ©s] sont extrĂȘmement chers, et dâautres [perçus comme plus risquĂ©s] nâarrivent toujours pas Ă dĂ©livrer leurs performances intrinsĂšques ».
4 symptÎmes liés au comportement grégaire des investisseurs
Bruno Crastes identifie quatre « anomalies » sur les marchés liées au comportement jugé illogique des investisseurs.
1/ PremiĂšre anomalie : la baisse des taux souverains aux Etats-Unis, qui sont devenus nĂ©gatifs en termes rĂ©els, alors mĂȘme que la Fed souhaite remonter ses taux directeurs et que lâinflation redĂ©marre. « Un jour, ce symptĂŽme va disparaĂźtre », câest-Ă -dire que les taux devraient se rĂ©ajuster Ă la rĂ©alitĂ© Ă©conomique.
2/ Seconde anomalie : « La volatilitĂ© nâest plus constante sur les diffĂ©rents horizons de lecture ». En effet, « De 2002 Ă 2008, la volatilitĂ© des actions Ă©tait la mĂȘme sur un graphique en donnĂ©es journaliĂšres, hebdomadaires ou trimestrielles. De nos jours ce nâest plus le cas : il y a une forte volatilitĂ© Ă court terme, mais toujours une faible volatilitĂ© sur un graphique trimestriel ».
Bruno Crastes dĂ©plore que « les gros investisseurs [soient] devenus des investisseurs de court terme » et que « Les banques [nâaient] plus des positions sur un mois, mais sur quelques jours seulement ». Cela participe Ă augmenter la volatilitĂ© des marchĂ©s Ă court terme, ce qui effraie dâautres investisseurs et « rend la grille de lecture difficile » sur lâorientation des marchĂ©s.
3/ TroisiĂšme anomalie : « Les primes de risque sont irrationnellement distordues » entre les diffĂ©rents types dâactifs. Ainsi, « Les actifs liĂ©s Ă la dĂ©flation ont largement surperformĂ© face aux actifs liĂ©s Ă lâinflation, alors mĂȘme que lâinflation ne baisse plus (âŠ). La dispersion des valorisations des secteurs sâaccĂ©lĂšre », surtout en Europe.
4/ QuatriĂšme anomalie : « Le moral des investisseurs est au plus bas, pire quâen 2008 » alors que « lâĂ©conomie va plutĂŽt bien ». Pour Bruno Crastes, « Les investisseurs nâont plus le moral car ils nâarrivent plus Ă performer ».
En effet, « Le carburant pour performer est trĂšs cher », comprendre : la valorisation des actions est devenue Ă©levĂ©e. Ainsi, « Le niveau du S&P 500 nâest pas du tout en adĂ©quation avec ce moral ». Certains investisseurs sont prĂȘts Ă payer cher des actions qui offrent un rendement supĂ©rieur aux obligations, en oubliant que les risques sont Ă©galement plus Ă©levĂ©s.
Une hausse des taux pourrait tout changer
Pour Bruno Crastes, cette situation ne devrait cependant pas perdurer, contrairement Ă ce que dâautres envisagent en Ă©voquant une « japonisation » latente des Ă©conomies occidentales.
Le gĂ©rant explique quâ« On a davantage dâinflation dans le monde, mais les marchĂ©s anticipent davantage de dĂ©flation. On a de trĂšs bons chiffres dans le monde, mais les marchĂ©s achĂštent encore des actifs dĂ©flationnistes ».
Pour le gĂ©rant, « Nous sommes au cĆur dâun environnement « reflationniste ». Les risques dĂ©flationnistes ne se sont pas concrĂ©tisĂ©s et ils sâĂ©puisent ». Aux Etats-Unis notamment, « Ă chaque fois que le chĂŽmage est retombĂ© sous 5%, lâinflation est revenue ».
MalgrĂ© cela, les taux Ă court terme en Europe et aux Etats-Unis restent Ă leurs plus bas historiques. En consĂ©quence, « Nous sommes dans une bulle obligataire » a affirmĂ© le gĂ©rant, avant de poursuivre : « Câest quand mĂȘme extraordinaire que les investisseurs investissent encore dans des fonds obligataires et sortent des marchĂ©s actions (âŠ). Investir en termes rĂ©els nĂ©gatifs est dangereux lorsque lâinflation ne baisse plus ».
Bruno Crastes anticipe ainsi un renversement de situation Ă lâavenir, considĂ©rant que dans les mois Ă venir « la Fed va donner lâimpulsion en montant ses taux directeurs ».
« Les taux remonteront doucement car les banques centrales ne les laisseront pas remonter vite, mais cela aura Ă©normĂ©ment dâeffet sur la performance relative des diffĂ©rents secteurs sur les marchĂ©s actions ».
Seuls les gĂ©rants bien prĂ©parĂ©s Ă ce mouvement sauront en tirer parti, et tous nâauront pas cette chance, a conclu Bruno Crastes. « Les seuls qui sont prĂȘts Ă vous dire quâil va peut-ĂȘtre falloir changer de cap, ce sont les petites sociĂ©tĂ©s de gestion, car les plus grosses ne peuvent pas. Si vous gĂ©rez 100 milliards et que vous faites une prĂ©sentation comme la mienne, je pense quâil vous faut un pistolet sur la tempe en sortant ».