Jean-Charles MĂ©riaux (DNCA) : « Il y a 2 types de personnes qui perdent de lâargent en bourse : ceux qui ne savent rien et ceux qui savent toutâŠÂ»
Publié le 24 Janvier 2019
A fin 2018, DNCA gĂšrait 23,5 milliards âŹ. Une lĂ©gĂšre baisse par rapport Ă lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente mais qui nâest due quâĂ lâeffet marchĂ©, la collecte nette sâĂ©levant Ă 750 millions âŹ. La sociĂ©tĂ© propose 31 fonds sur 5 types dâexpertises. Les Ă©quipes comprennent 122 collaborateurs dont 36 gĂ©rants et analystes.
LâISR , une expertise dĂ©sormais clĂ© chez DNCA
Contrairement Ă nombre de sociĂ©tĂ©s de gestion, DNCA ne prĂ©tend pas que lâInvestissement Socialement Responsable « fait partie de lâADN » de la maison. « Cela faisait un certain temps que les investisseurs institutionnels nous challengeaient sur lâESG » reconnaĂźt le Directeur GĂ©nĂ©ral Eric Franc, qui constate que ce sont surtout des grandes sociĂ©tĂ©s de gestion qui se sont positionnĂ©es sur le segment. « A lâexception de Sycomore qui est la seule boutique Ă avoir Ă©tĂ© sur lâESG assez tĂŽt. Câest pour cela que lâon a dĂ©cidĂ© dây aller » explique-t-il.
Le virage a donc Ă©tĂ© pris par DNCA lâannĂ©e derniĂšre et lâoffre ISR proposĂ©e est dĂ©jĂ lâune des plus complĂštes du marchĂ©. LâarrivĂ©e de LĂ©a Dunand-Chatellet (ex Sycomore et ex Mirova) en tant que Directrice du pĂŽle Investissement Responsable a permis de restructurer la gamme existante tout en incorporant de nouvelles solutions dâinvestissements. Le pĂŽle ISR gĂšre plus de 500 millions ⏠et deux nouveaux produits viennent complĂ©ter lâoffre : Semperosa (fonds actions eurozone Ă©ligible au PEA) et Alterosa (un des premiers fonds patrimonial ISR). Ce-dernier (« lâautre Eurose ») est une solution flexible pour lâinvestisseur sensible Ă lâapproche responsable. « Avec DNCA Invest Beyond Alterosa, on a voulu quelque chose de trĂšs ancrĂ© en termes dâISR avec une fourchette 0-50% actions, donc un peu plus exposĂ© quâEurose » prĂ©cise LĂ©a Dunand-Chatellet.
Gestion Alternative : un nouveau cycle dans la continuité
Chez DNCA, les fonds absolute return ont souffert en 2018 avec des performances comprises entre -10% et -20%. LâĂ©quipe sâest rĂ©cemment rĂ©organisĂ©e avec dĂ©part du Directeur du pĂŽle Performance Absolue. « Cyril Freu nous a annoncĂ© quâil souhaitait prendre du recul sur notre mĂ©tier. Il nâa pas su gĂ©rer la pression suite aux mauvaises performances. Mais la stratĂ©gie performance absolue reste clĂ© pour nous et câest pour cela que lâon nâa pas hĂ©sitĂ© Ă aller chercher un nouveau talent » dĂ©taille Eric Franc en rĂ©fĂ©rence Ă lâarrivĂ©e de Pierre Valade.
Une Ă©quipe qui se rĂ©unit plutĂŽt quâune Ă©quipe qui se dĂ©couvre car Mathieu Picard (GĂ©rant chez DNCA depuis 2009) connaĂźt Pierre Valade depuis plus de 15 ans. Le premier prend la responsabilitĂ© de Miuri, Velador et Venasquo alors que Pierre Valade sâoccupera de Miura.
La gestion reste donc dans la continuitĂ© des processus. « On reconnaĂźt que 2018 est une annĂ©e exceptionnellement negative, mais ça ne sert Ă rien de tout jeter et de tout remettre en cause. Il faut continuer Ă faire ce que lâon sait faire » confirme Mathieu Picard. Il maintient ainsi lâapproche basĂ©e sur la valorisation et la connaissance des sociĂ©tĂ©s avec un stock picking qui reste au cĆur de la stratĂ©gie.
Mais comment explique-t-il les stratĂ©gies qui ont mal fonctionnĂ© ? « On a fait un « post mortem », et il y a 2 choses qui ont mal fonctionnĂ© principalement » poursuit Mathieu Picard. Dâune part, les anticipations de rĂ©sultats ont Ă©tĂ© plus nĂ©gatives que prĂ©vues (exemple Saint Gobain), dâautres part, certains secteurs ont Ă©tĂ© particuliĂšrement pĂ©nalisĂ©s mais DNCA pense que certaines entreprises continuent dây avoir une bonne orientation (exemple TF1).
Si les objectifs de volatilitĂ© des fonds ont Ă©tĂ© respectĂ©s, le stock picking a donc Ă©tĂ© dĂ©faillant. Mais la gestion reste confiante pour lâannĂ©e Ă venir et entame 2019 avec plus de 50% du portefeuille en lignes value. « Les Ă©lastiques sont extrĂȘmement tendus et on espĂšre fortement rattraper le temps perdu » confessent les gĂ©rants.
Perspectives macroĂ©conomiques et stratĂ©gie dâinvestissement 2019. Les phrases-clĂ©s de Pascal Gilbert et Jean-Charles MĂ©riauxâŠ
Pascal Gilbert, gérant obligataire :
La croissance mondiale 2018 a été révisée à la baisse de seulement -0,3% par rapport aux prévisions du FMI en janvier 2018. Dans le détail, les Etats-Unis ont été révisés à la hausse de +0,2%.
Fin 2017, on Ă©tait sur lâalignement des planĂštes avec une synchronisation de la croissance puis une dĂ©synchronisation. Aujourdâhui on a une resynchronisation⊠à la baisse. Mais cela reste des croissances positives.
Il y a 20% dâĂ©conomistes moutonniers qui anticipent la rĂ©cession pour 2019, câest Ă dire 2 trimestres consĂ©cutifs en croissance nĂ©gative. Avec ces prĂ©visions de croissance, ça veut dire que les trimestres qui suivent vont ĂȘtre extrĂȘmement positifs. Nous ne croyons pas du tout Ă une rĂ©cession, mais un ralentissement est possible.
Quand on nous prĂ©dit une rĂ©cession amĂ©ricaine mais que lâon regarde le taux de chĂŽmage Ă 3,5% avec des salaires qui commencent Ă remonter car ce taux devient incompressible, on a un pouvoir dâachat qui sera le pilier de la croissance 2019. Notre prĂ©vision est une croissance forte du pouvoir dâachat aux Etats-Unis et peut-ĂȘtre mĂȘme encore davantage en zone âŹ.
Les Ă©conomistes adorent prĂ©dire le hard lending chinois. Câest peut-ĂȘtre notre cĂŽtĂ© occidental qui souhaite que la Chine ralentisse. Mais non ! Ils importaient 30% de leur PIB et câest dĂ©sormais 14%. Donc si demain il y a un ralentissement en Chine, ils seraient moins touchĂ©s quâauparavant et lâimpact resterait mesurĂ© sur les autres Ă©conomies. ArrĂȘtons de regarder le +6,3% ou le +6,4% en Chine. On aime bien se faire peur mais il faut prendre un peu de recul.
Jean-Charles Mériaux, Directeur de la Gestion :
2018 a Ă©tĂ© une annĂ©e Ă©prouvante avec trĂšs peu dâendroits oĂč se cacher. Les deux seules classes dâactifs qui sâen sortent : lâOr en ⏠et le bund allemand.
Le 4Ăšme trimestre a Ă©tĂ© un des pires de lâhistoire boursiĂšre, presque au niveau de 1987 et 2008. Au mois de dĂ©cembre, il nây a eu aucun respect de la tradition de la trĂȘve des confiseurs avec une baisse qui sâest accentuĂ©e.
Est-ce quâon nâest pas en train dâassister Ă des tendances de moyen terme sur les classes dâactifs actions et obligations qui font quâelles ne sont plus ce quâelles Ă©taient dans les derniĂšres dĂ©cennies ? Il y a eu 35 ans de baisse ininterrompue des taux. Câest la fin dâun monde, la fin dâune Ă©poqueâŠ
On va assister ces prochaines années à une redistribution des créanciers obligataires en faveur des débiteurs.
DeuxiĂšme forme de redistribution : le recul de lâidĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale dans les pays ocidentaux. Et une redistribution probable de la valeur ajoutĂ©e entre part de la rĂ©munĂ©ration et part des profits.
Faut-il acheter les marchĂ©s sur ces niveaux lĂ ? Chez DNCA on est naturellement prudents. On ne lâa peut-ĂȘtre pas assez Ă©tĂ© en 2018, bercĂ©s par lâeuphorie.
On va aussi assister Ă une redistribution en style de gestion. Vous allez dire, « on vous connaĂźt chez DNCA, chaque annĂ©e câest la mĂȘme chose, encore un petit couplet sur la value ». Mais on est Ă un plus bas relatif, dans une situation oĂč la gestion de type value est trĂšs en retrait par rapport Ă la croissance. Quel va ĂȘtre le catalyseur ? La value est Ă©troitement corrĂ©lĂ©e aux taux dâintĂ©rĂȘts et elle a besoin dâune remontĂ©e de ces taux. Donc le jour oĂč vous verrez le bund se resserrer, achetez massivement de la value ! De prĂ©fĂ©rence chez DNCA mais vous avez aussi de trĂšs bonnes gestions chez nos confrĂšres.
La victime dĂ©signĂ©e du bear market a Ă©tĂ© le secteur bancaire. Je pense quâil y aura un retour Ă la moyenne.
Henry Kaufman (Ndlr H24 : prĂ©sident de Henry Kaufman & Company, Inc. et connu sous le surnom de Dr. Doom) disait quâil y a deux types de personnes qui perdent de lâargent en bourse : ceux qui ne savent rien et ceux qui savent tout. JâespĂšre que chez DNCA on est entre ces deux catĂ©gories.
Concernant lâallocation dâactifs, DNCA est surpondĂ©rĂ© sur les actions (long value vs qualitĂ©/croissance), le crĂ©dit HY (avec une prime de risque reconstituĂ©e) et positif sur lâOr (« qui reste un trĂšs bon refuge)
« Nous sommes neutres sur le cash qui reste utile dans une position attentiste » ajoute Jean-Charles Mériaux.
Pour le client prudent, Eurose ou DNCA Invest Alpha Bonds ?
La maison de gestion propose deux solutions distinctes dans sa gamme patrimoniale :
DNCA Alpha Bonds est le fonds le plus dĂ©fensif de lâoffre. Câest un fonds performance absolue, international, dĂ©fensif et liquide. Son co-gĂ©rant François Collet indique que « cela fait du sens pour les investisseurs de prendre des stratĂ©gies non directionnelles sur le marchĂ© obligataire qui est censĂ© les protĂ©ger. »
Eurose est une porte dâentrĂ©e Ă un marchĂ© « qui fait trĂšs peur au client particulier », celui des actions. Il dispose de moins « dâoutils » quâAlpha Bonds. « Mais câest donc plus de temps et moins de chance de se couper les doigts » relate Philippe Champigneulle, co-gĂ©rant du fonds. « Eurose, câest une maniĂšre dâavoir des actions sans sâen rendre compte. La classe dâactifs trĂšs sous dĂ©tenue, or on peut avoir une belle surprise cette annĂ©e » conclut-il.
Deux solutions complémentaires qui gÚrent respectivement 2,5 milliards ⏠et 9,5 milliards ⏠soit plus de la moitié des encours de la société à elles deux⊠en attendant le prochain « Blockbuster » DNCA Invest Beyond Alterosa.