Une étude qui ridiculise le DPE

Une étude qui ridiculise le DPE

Les passoires thermiques beaucoup moins énergivores que prévu : un rapport choc remet en question la stratégie du gouvernement

Une étude du Conseil d’analyse économique compare la consommation d’énergie théorique d’un logement avec la consommation réelle de ses habitants. L’écart, immense, remet en question la fiabilité des Diagnostiques de performance énergétique (DPE), voire la stratégie de la France pour atteindre la neutralité carbone.

Le gouvernement a prévu d’y investir 11,2 milliards rien qu’en 2024… La rénovation
énergétique des bâtiments est un axe majeur de la stratégie de la France pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Mais une étude du très sérieux Conseil d’analyse économique (CAE), un institut rattaché à Matignon, vient jeter le doute sur la solidité de ce plan. Grâce aux données bancaires fournies par le Crédit Mutuel Alliance Fédérale, le Conseil a pu comparer la consommation d’énergie théorique de près de 180 000 logements, selon leurs diagnostics de performance énergétique (DPE), avec ce qu’ont effectivement consommé leurs habitants. La différence entre les faits et la prédiction est immense.
Si les auteurs analysent bien une relation croissante entre la dépense, la consommation énergétique et la classe de performance, elle est en effet beaucoup moins forte que celle prédite par le DPE et s’estompe pour les plus grands logements. La différence de consommation d’énergie au mètre carré entre un logement performant classé A ou B et un logement passoire thermique classé G « est six fois plus faible que celle prédite par le DPE », constate le CAE.

De l’importance du comportement des habitants

Par ailleurs, moins le logement est performant, « plus ses occupants auront tendance à limiter leur consommation par rapport à leur consommation théorique, par un effet de sobriété ». Au contraire, dans les logements très performants, les occupants auront tendance « à consommer au-delà de la consommation théorique par ‹ effet rebond › », indiquent les auteurs.
Autrement dit, « si la rénovation permet d’améliorer la qualité énergétique des bâtiments, avec des bénéfices importants en termes de confort énergétique et de santé, la réduction des émissions de gaz à effet de serre associées dépend étroitement de la façon dont les ménages ajustent leur consommation à la suite des rénovations », conclut le CAE.

Les exemples allemands, finlandais, norvégiens et suédois

Ce défaut d’ajustement de la consommation des ménages a déjà été constaté en Allemagne. Le Point rappelle que le pays a consacré à la rénovation énergétique des bâtiments prés de 40 milliards d’euros par an entre 2010 et 2018, sans que la consommation ne diminue. Les foyers ont préféré profiter de davantage de confort plutôt que de se chauffer moins.

À l’inverse, trois pays sont parvenus à réduire drastiquement leurs émissions de CO2 liées au chauffage. De 1990 à 2020, elles ont chuté de 72 % en Finlande, de 83 % en Norvège et de 95 % en Suède. Mais, dans ces pays nordiques, il ne s’est pas agi d’isoler les logements. Tous trois ont instauré une taxe carbone, pénalisant notamment le chauffage au fioul : les ménages se sont alors massivement équipés en pompes à chaleur (PAC), alimentées par une électricité d’origine hydraulique et nucléaire. Un exemple dont pourrait s’inspirer la France qui dispose elle aussi d’une électricité bas carbone.

Logement: le mode de calcul du DPE va encore être réformé

La rédaction2 février 2024

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre provenant des logements, l’Etat a instauré des contraintes réglementaires de plus en plus lourdes construites exclusivement à partir du diagnostic de performance énergétique (DPE)… qui est tout sauf fiable. Il donne non seulement des résultats aléatoires selon les professionnels mais en plus systématiquement faux ! Le modèle théorique utilisé ne correspond en rien à la réalité. Il va être donc à nouveau réformé dans les prochaines semaines, à la mi-février, après l’avoir déjà été en 2021. Il s’agit, enfin, de le « fiabiliser » selon Christophe Béchu, le ministre de la Transition écologique. Mais quelle sera alors la validité des diagnostics existants ? Le marché du logement risque de sombrer dans le chaos.

C’est au choix un gag permanent ou un cauchemar. Le diagnostic de performance énergétique ou DPE, obligatoire en cas de vente et de location d’un logement et mesure essentielle à la rénovation énergétique, va encore être réformé. Il faut dire qu’il est d’une fiabilité catastrophique. Son mode de calcul a bien été revu en juillet 2021 et cela n’a rien changé. Non seulement, les mesures sont aléatoires selon les professionnels qui les font, mais les modes de calcul sont plus que problématiques. Créé en 2006, il doit permettre d’évaluer la consommation d’énergie d’un logement ou d’un bâtiment et donc son impact en terme d’émissions de gaz à effet de serre. Il est obligatoire pour louer ou vendre un logement. Et cela fait des années que le ministère du Logement promet de le fiabiliser… En vain.

Il donne non seulement des résultats aléatoires, mais faux car le modèle théorique utilisé ne correspond en rien à la réalité. Le DPE est ainsi dénoncé depuis des années par l’association UFC-Que Choisir dans une succession d’enquêtes et vient d’être définitivement démoli par un rapport publié le mois dernier par le Conseil d’analyse économique (CAE), un organisme rattaché au cabinet du Premier ministre. Selon le CAE, entre un logement classé A ou B –les meilleures notes- et une passoire thermique classée G, la hausse réelle de consommation s’élève à 86% (110% en logement collectif