Les bonne résolutions 2026

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Interview

« 2026 sera encore une très bonne année pour la Bourse » : l’optimisme à toute épreuve du gourou actions de Goldman Sachs

Après une belle année 2025, Peter Oppenheimer, le très écouté responsable de la stratégie actions de Goldman Sachs, estime que les Bourses mondiales ont encore de belles perspectives de progression. Il relativise les conséquences des pressions sur la Fed, du dégonflement des valorisations de la tech et de la déstabilisation du monde.

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BCE

Goldman Sachs

« Nous restons sur notre grand thème d’investissement de l’année dernière : la diversification », explique Peter Oppenheimer aux « Echos ». (Photo Chris Ratcliffe/Bloomberg)

Par Sophie Rolland, Corentin Chappron

Publié le 19 janv. 2026 à 06:45Mis à jour le 19 janv. 2026 à 07:21

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Bulle de l’IA, « facteur Trump », chute du dollar, dette des Etats et des entreprises… Peter Oppenheimer donne son analyse sur les grandes tendances qui pourraient influencer les marchés en 2026.

L’année 2026 sera-t-elle à l’image de 2025 sur les marchés ?

Les Bourses mondiales ont encore de belles perspectives de progression cette année, même si les performances seront sans doute plus modérées qu’en 2025. Le contexte macroéconomique est toujours favorable aux actifs risqués. La croissance mondiale devrait rester raisonnablement forte, autour de 2,4 % en termes réels.

L’économie américaine en particulier va bénéficier de la baisse de l’inflation et de la réduction des taux d’intérêt, une combinaison très favorable à la croissance des bénéfices. Nous nous attendons à 50 points de base supplémentaires, mais aussi à une expansion budgétaire en raison des réductions d’impôts.

Nous restons sur notre grand thème d’investissement de l’année dernière : la diversification. En 2025, elle s’est traduite par une progression simultanée de tous les grands indices boursiers et aussi par une surperformance de la plupart des marchés par rapport aux Etats-Unis. Cela n’était pas arrivé depuis plus de 15 ans, avant la grande crise financière.

2026 sera encore une très bonne année pour les actions. Mais à la différence de 2025, où un certain nombre de marchés ont bénéficié de l’ajustement des valorisations, les rendements devraient être davantage tirés par la croissance des bénéfices. Tout en restant très appréciables, ils seront donc sans doute un peu plus faibles, de l’ordre de 10 à 15 %.

Quel segment sera le plus performant selon vous ?

C’est sur les marchés émergents, et en particulier en Asie, que vous trouvez les rendements les plus élevés. C’est là que la croissance des bénéfices est la plus forte. Mais notre avis est que les investisseurs doivent absolument élargir leur champ d’investissement, y compris vers l’Europe. Après 15 ans de surperformance constante des marchés américains et du secteur technologique, la plupart d’entre eux sont excessivement exposés aux Etats-Unis.

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Les actions européennes ont offert de beaux rendements en dollars - dividendes compris - l’année dernière [l’euro a pris 13 % contre le dollar, NDLR]. Ils ont atteint 30 % en moyenne, soit quasiment le double du S&P 500. Les marchés espagnol et italien ont généré des rendements de respectivement 80 % et 50 %.

Nous ne nous attendons toutefois pas à des gains d’une telle ampleur en 2026. La croissance des bénéfices devrait rester faible, autour de 5 % en Europe, contre environ 12 % aux Etats-Unis. Mais les valorisations restent attrayantes et certains segments de marché offrent des croissances plus fortes.

Quels sont les principaux risques, selon vous ?

Il y a toujours des risques liés à la concentration des marchés, en raison du poids du marché américain d’une part et de la contribution d’un petit nombre d’entreprises technologiques dans les indices. Une mauvaise surprise microéconomique à l’échelle d’un groupe ou d’un secteur, comme le lancement du modèle de DeepSeek début 2025, pourrait donc à nouveau entraîner une forte correction. Le S&P avait alors chuté de près de 20 %.

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Le second risque serait que la croissance mondiale se révèle surestimée et que les marchés du travail, solides dans les pays développés, commencent à s’affaiblir.

Dernier point d’attention, des tensions sur les marchés du crédit et de la dette souveraine. Les spreads de crédit sont très faibles, les gouvernements empruntent beaucoup et il peut suffire d’un événement pour faire rebondir la prime de terme. Je nuancerais toutefois, car les bilans des banques, des ménages et des entreprises demeurent solides et peuvent amortir certains effets d’un fort rebond des spreads.

Peut-on parler de bulle sur les valeurs de la tech aux Etats-Unis ?

Nous ne pensons pas qu’il y ait de bulle sur les valeurs technologiques. Il est vrai qu’elles ont connu une croissance extraordinaire en termes de rentabilité et de valorisation boursière ces 15 dernières années. Il est également vrai qu’il y a une forte concentration, en particulier aux Etats-Unis, car les plus grandes entreprises sont devenues de plus en plus dominantes. Mais il faut bien voir que les valorisations n’ont pas augmenté autant que dans un phénomène de bulle.

Il y a toujours le risque que l’enthousiasme sur les valeurs de la tech finisse par créer une bulle, mais pour le moment, nous jugeons ce risque limité

Même si les valorisations des grands noms de la tech sont plus élevées que celles du reste du marché, cela s’explique par une croissance plus forte des bénéfices. Et ces valorisations sont deux fois moins importantes que celles des grandes entreprises de la bulle dot-com, il y a 25 ans. Ou des entreprises les plus en vue au Japon à la fin des années 1980, au moment de la bulle financière.

Il y a toujours le risque que l’enthousiasme sur les valeurs de la tech finisse, à terme, par créer une bulle, mais pour le moment, nous jugeons ce risque limité. D’autant que ces groupes présentent des bilans très solides, même après la forte augmentation de leurs dépenses d’investissement dans les grands modèles de langage (LLM) ou les centres de données.

Justement, ne craignez-vous pas un recours accru à la dette de leur part ?

Jusqu’à présent, la majeure partie de leurs investissements a été financée par leur trésorerie. Et s’il est vrai que les grandes entreprises de la tech américaine commencent à avoir recours à la dette, cela reste relativement modeste. Elles pourraient considérablement augmenter le financement par emprunt cette année sans nuire à leur bilan.

Comment évaluez-vous le « facteur Trump » ?

Il devrait surtout se traduire par une croissance assez élevée aux Etats-Unis au premier semestre, avant un possible ralentissement au deuxième. Sur le dollar, nous ne nous attendons pas à un scénario similaire à l’année dernière.

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Il a subi en 2025 l’une des plus fortes chutes de ces dernières décennies. Sous l’effet de plusieurs facteurs : le début des baisses de taux, l’augmentation des déficits, sa surévaluation et, enfin, la préférence de l’administration américaine pour un dollar plus faible. Nous ne nous attendons pas à une telle décrue cette année. L’essentiel de l’ajustement est derrière nous.

Quant aux événements géopolitiques, ils provoquent de moins en moins de réactions de marchés. C’est d’abord parce que jusqu’à présent, ils n’ont pas eu d’effet économique direct important, notamment sur l’inflation et les taux d’intérêt.

Quelles sont les principales conséquences de la montée de l’incertitude géopolitique sur les marchés ?

Outre une remontée de la volatilité, qui nous paraît durable, les pressions géopolitiques augmentent la propension des Etats à s’endetter. L’Europe est un bon exemple. L’Allemagne a gonflé ses dépenses budgétaires et va avoir davantage recours à l’emprunt. Et les dépenses de défense augmentent dans l’ensemble des pays européens, ce qui n’était pas du tout anticipé il y a deux ou trois ans.

Le gonflement de la dette publique, non seulement en Europe, mais dans le monde entier, a soutenu les taux d’intérêt à long terme, qui n’ont pas baissé autant que les taux directeurs. C’est donc via ce que l’on appelle la « prime de terme », la prime de risque sur les taux à long terme, que la montée des inquiétudes a essentiellement affecté les marchés jusqu’à présent.

La perspective d’une perte d’indépendance de la Fed préoccupe-t-elle les marchés ?

L’indépendance des banques centrales a contribué à réduire la volatilité et la prime de risque sur les marchés. Tout sentiment que cette indépendance est érodée pourrait entraîner une volatilité et une prime de risque plus élevées.

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Mais il n’y a pas de preuve que cette indépendance ait été érodée. Le cycle de baisse des taux d’intérêt américains est en retard sur celui de la BCE. L’inflation a été plus élevée aux Etats-Unis et la banque centrale a donc attendu un moment plus opportun pour réduire les taux. Je pense qu’il y a des inquiétudes à ce sujet, mais je ne pense pas que ce soit un problème significatif pour les marchés pour le moment.

Les marchés sont-ils devenus plus sensibles aux flux ?

La moitié environ des flux de capitaux dirigés vers les marchés américains l’ont été à travers des fonds passifs, qui répliquent les indices et accentuent les phénomènes de concentration. S’y ajoute la participation croissante des investisseurs individuels aux Etats-Unis, qui a contribué à la forte performance de certains groupes.

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A l’inverse, les marchés européens ont progressé alors qu’en net, les flux vers la région sont quasiment nuls depuis le Covid. Les fondamentaux sont meilleurs et les valorisations ont progressé, mais il y a aussi eu un rétrécissement de la cote. L’offre nette d’actions a diminué : les entreprises ont racheté leurs propres actions, voire ont cessé d’être cotées, tandis que les émissions de nouvelles actions ont été très faibles.

Cela s’explique par la fragmentation des marchés européens, mais aussi par l’attitude des investisseurs institutionnels comme les fonds de pension ou les assureurs, qui ont été des vendeurs nets d’actions.

L’environnement de marché actuel marque-t-il une rupture avec les tendances qui prévalaient jusqu’alors ?

L’environnement est toujours caractéristique d’une fin de cycle : les économies ont crû continuellement depuis la fin de la pandémie, l’inflation s’est modérée, les actions ont progressé. La technologie peut contribuer à prolonger ce cycle en soutenant la productivité. Si les gains sont importants, les valorisations pourraient progresser davantage.

La dernière rupture de tendance notable remonte à la crise de 2008, lorsque les craintes de déflation avaient érodé l’attrait des actions par rapport aux obligations. Le retour de l’inflation après le Covid a mis fin à cette décote.

Corentin Chappron et Sophie Rolland