L inflation

AnalyseL’inflation, moins transitoire ?Les tensions salariales et sur les chaînes d’approvisionnement laissent craindre une dynamique d’inflation plus durable.

Les dernières statistiques sur l’emploi aux Etats-Unis et sur les salaires n’ont rien fait pour apaiser les craintes des investisseurs concernant l’inflation.

Les tesnsions entre offre et demande de travail aux Etats-Unis persistent, voire s’accroissent. Signe de ces tensions ? Le taux de participation reste deséspérément en-deçà de son niveau d’avant crise de la COVID-19, à 61,6% en septembre, contre 63,4% en janvier 2020.

Les secteurs où les salaires sont les plus bas, comme l’hôtellerie ou les loisirs, voient ces derniers enregistrer des hausses à deux chiffres (+10,8% en septembre).

Sans surprise, les indicateurs d’inflation retraités de l’impact des matières premières ou d’éléments spécifiques comme les loyers, progressent à un rythme plus vu depuis septembre 2008.

De même, les anticipations d’inflation à 5 ans sont remontées à 2,36% dernièrement, à 2 points de base du record de mai 2021.

Pour certains observateurs, comme Christopher Wood chez Jefferies, « un mouvement au-dessus de 2,5% mettra plus de pression sur la Fed pour indiquer plus clairement quand elle considère que son objectif de 2% est dépassé. »

Jusqu’ici, la banque centrale américaine semblait tout faire pour s’accommoder d’une inflation qualifiée de « transitoire », même si elle a atteint 5,4% en septembre (pour l’inflation publiée).

Mais si le marché semble durablement croire que l’inflation perd sa dimension temporaire pour craindre des hausses de prix plus pérennes, elle sera obligée d’agir de manière plus marquée – ce que plaident d’ailleurs certains de ses représentants, comme l’ont révélé les minutes de son dernier comité de politique monétaire.

Car au-delà des seules dynamiques de prix ou des salaires, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement semblent prendre du temps à se résorber. Les commentaires de l’un des plus gros fabricants mondiaux de semi-conducteurs, TSMC, laissent craindre des tensions qui dureront sur une bonne partie de l’année 2022 d’après nos analystes.

Le corollaire d’une infation forte, c’est celui d’un recul de la confiance des ménages aux Etats-Unis (en baisse récemment), lesquels représentent les deux tiers de la croissance américaine.

Certes, jusqu’ici, ces ménages ont bénéficié des aides du gouvernement américain et de marchés financiers et immobiliers bien orienté (effet richesse).

Et l’amélioration des conditions salariales devrait limiter les craintes d’érosion du pouvoir d’achat.

L’autre corollaire pour les marchés financiers, et notamment la Bourse, c’est un risque de plus grande volatilité, sans même envisager de correction plus importante (généralement liée à un affaibilssement du cycle économique).

En effet, si l’inflation s’installe plus durablement, les anticipations de hausse des taux longs vont se raffermir.

Ceci devrait logiquement conduire à amplifier la rotation de style sur les marchés, au détriment des valeurs de croissance et de qualité et en faveur des titres « value » (énergie, bancaires, services collectifs) ainsi que les entreprises disposant d’un pouvoir de négociation sur les prix.

Inflation, flambée des taux et dette massive : “gare au trio infernal !
L’inflation et les taux d’intérêt à long terme s’envolent en France, alors même que notre dette publique est stratosphérique, s’alarme notre chroniqueur Marc Touati, président du cabinet ACDEFI. La Bourse risque de subir un choc, d’autant que le ralentissement de l’économie à venir pèsera aussi.
Par Marc Touati

Ce sont les trois principaux dangers économiques qui menacent notre avenir : le niveau stratosphérique de la dette publique, la flambée de l’inflation et la remontée de plus en plus forte des taux d’intérêt des obligations d’Etat et par là même de nos crédits. Et ce, en particulier dans l’Hexagone. Certes, au quatrième trimestre 2021, la dette publique française a miraculeusement baissé. En puisant massivement dans leur trésorerie, les administrations publiques ont ainsi réussi à diminuer leur dette de 19,8 milliards d’euros sur un trimestre.

Pour autant, avec un niveau de 2.813,1 milliards d’euros fin 2021, la dette publique française demeure dramatiquement élevée. Elle reste d’ailleurs la plus importante des pays de la Zone Euro. Parallèlement, grâce au rebond correctif du PIB du quatrième trimestre 2021, le ratio dette publique / PIB a reculé à 112,9 %, contre 116,3 % au trimestre précédent. Mais là aussi, peut-on raisonnablement crier victoire, sachant que ce ratio reste le cinquième plus élevé de l’Union européenne et 43 points au-dessus de celui de l’Allemagne ?!

En outre, il ne faut pas oublier que l’utilisation de la trésorerie des administrations publiques pour réduire leur dette et le rebond technique du PIB sont des “fusils à un coup”, qui, par définition, ne sont pas extrapolables. Autrement dit, dès le premier trimestre 2022, la dette publique française et son poids dans le PIB repartiront en nette hausse. Que les aficionados de la dette publique soient donc rassurés, cette dernière continuera de progresser sur l’ensemble de l’année 2022.

Dans ce cadre, et comme cela s’observe depuis déjà quelques mois, les taux d’intérêt des obligations d’Etat continueront de se tendre. L’observation récente de ces taux d’intérêt en France et à travers la Zone Euro montrent d’ailleurs que le krach obligataire a déjà commencé. Du début septembre 2021 à fin mars 2022, les taux d’intérêt à dix ans des obligations d’Etat sont ainsi passés de 0,6% à 2,8% en Grèce, de 0,6% à 2,2% en Italie et de 0,3% à 1,5% en Espagne. Même l’Allemagne, qui reste pourtant “l’élève” le moins dissipé de la classe UEM (zone euro), a vu son taux du Bund 10 ans passer sur cette même période de -0,4% à quasiment 0,7%, un plus haut depuis février 2018.

Quant au taux d’intérêt des obligations de l’Etat français à dix ans, la sanction est également sévère puisque celui-ci a augmenté de -0,1% début septembre 2021 à 1,1% le 30 mars 2022, un sommet depuis mars 2017. Et ce, en dépit de la poursuite de la “planche à billets” de la BCE qui, rappelons-le, n’a toujours pas été arrêtée malgré l’explosion de l’inflation dans la Zone Euro. Cela signifie que lorsque celle-ci prendra fin, la remontée des taux des obligations d’Etat s’intensifiera. Or, pour ne prendre que l’exemple de la France, il faut savoir qu’une augmentation d’1 point de ces derniers se traduit par un surcoût de 39 milliards d’euros sur 10 ans. En d’autres termes, l’argent gratuit et le “quoi qu’il en coûte qui ne coûte rien” sont bel et bien terminés ! L’heure du paiement des factures a désormais sonné.

Face à ce retour douloureux dans le “monde réel”, certains n’hésitent cependant pas à souligner que l’augmentation actuelle de l’inflation serait de bon augure dans la mesure où elle viendrait en partie financer la dette. A ce titre, la progression de l’inflation française à 4,5% en mars 2022, un sommet depuis décembre 1985, pourrait donc constituer une bonne nouvelle. Mais ce raisonnement pèche par deux voies principales.

Primo, si, comme cela est malheureusement très probable, l’inflation continue d’augmenter, elle alimentera la tension des taux d’intérêt des obligations d’Etat. A titre de comparaison, rappelons qu’en 2008, dernière phase de tensions inflationnistes significatives, le taux d’intérêt à dix ans des obligations de l’Etat français est monté à 4,8%, alors que l’inflation française n’était que de 3,6%. Lors de l’été-automne 1990, au lendemain de la première guerre du Golfe, ils étaient de respectivement 9% et 3,8%. Enfin, la dernière fois que l’inflation française était plus forte qu’aujourd’hui, c’est-à-dire fin 1985, les taux d’intérêt à dix ans de la dette publique française étaient de l’ordre de 10%.

Autrement dit, même si l’atteinte de tels niveaux de taux d’intérêt obligataires paraît évidemment peu probable aujourd’hui, il est néanmoins clair qu’une augmentation trop forte et durable des prix pourra susciter des taux longs supérieurs à l’inflation, ce qui accroîtra encore la dette publique.

Secundo, le maintien d’une trop forte inflation ne manquera pas de casser la croissance économique, de faire remonter le chômage, ce qui se traduira par une nouvelle aggravation des déficits publics et de la dette, alimentant l’augmentation des taux d’intérêt obligataires, et le cercle pernicieux continuera… Ceux qui défendent que la forte inflation est une bonne chose dans la mesure où elle permet de financer l’explosion de la dette publique devraient donc faire un peu d’histoire et revenir sur les fondamentaux économiques.

L’histoire économique nous a effectivement montré que flambée de la dette publique, inflation durablement excessive et remontée durable des taux d’intérêt obligataires constituent un trio infernal aux conséquences durablement néfastes. Pour les mois à venir, ces trois fléaux devraient notamment se traduire par une aggravation de la charge de la dette publique, une hausse massive du coût des crédits pour les entreprises et les ménages, suscitant une nette baisse de l’activité économique.

Parallèlement, jusqu’à présent très largement alimentée par la faiblesse artificielle des taux d’intérêt, la bulle immobilière française pâtira forcément de la remontée de ces derniers, qui a d’ailleurs déjà commencé.

En outre, l’augmentation des taux à long terme produira mécaniquement une chute des cours obligataires et pèsera à la baisse sur les cours de la Bourse, également affectés par le ralentissement économique à venir. Seul piètre réconfort, les taux de rendement des comptes sur livret et de l’épargne à taux garantis augmenteront progressivement.

Enfin, il reste à souhaiter que, devant l’augmentation logique et justifiée des taux d’intérêt des obligations d’Etat, les gouvernements prendront enfin la mesure de leurs actes et arrêteront d’augmenter la dette publique sans compter, comme ils n’ont cessé de le faire depuis plusieurs décennies, en particulier dans notre “douce France”. L’espoir fait vivre…

Michel-Pierre Chélini, professeur d’histoire contemporaine spécialiste des prix à l’Université d’Artois et co-auteur
article sur le site de bfm business

CRISE DES ANNÉES 1970: QUAND LA FRANCE FAISAIT FACE À UNE INFLATION GALOPANTE

Point de départ du chômage de masse en France, la crise des années 1970-1980 marquée par deux chocs pétroliers a donné naissance au phénomène de stagflation caractérisé par une forte hausse des prix, de plus de 10% certaines années, et une croissance faible.
A l’heure où l’inflation fait son grand retour sur fond de flambée des prix de l’énergie, le spectre des années 1970 refait surface. Avec comme principale crainte de voir ressurgir une longue période de stagflation, une forte hausse des prix conjuguée à une croissance atone, d’ampleur équivalente à celle vécue il y a 50 ans.

En préambule d’une conférence sur l’indépendance énergétique le 9 mars dernier, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a lui-même établi un parallèle entre les turbulences du présent et celles des années 1970. Le locataire de Bercy a notamment affirmé que la crise énergétique actuelle était « comparable en intensité, en brutalité, au choc pétrolier de 1973 », année charnière qui signa la fin des Trente Glorieuses.

Avec un quadruplement du prix du baril de pétrole en quelques semaines seulement, cet événement, conséquence de la guerre du Kippour en octobre 1973, est souvent décrit comme l’élément déclencheur de la crise inflationniste qui courra jusqu’à la fin des années 1980.

Mais il n’est pas le seul. Les experts mettent aussi en avant des composantes monétaires dont l’abandon en 1971 de la convertibilité du dollar en or. Plus largement, d’autres évoquent un choc de demande sur les matières premières, voire des coûts salariaux trop élevés dans une période d’amplification de la mondialisation où les pays asiatiques à faibles coûts de main-d’œuvre et de matériaux commencent à concurrencer les pays développés.

Les schumpétériens, eux, y voient tout simplement la fin d’un cycle marqué par un taux de rentabilité qui se détériore dès la fin des années 1960 dans certains secteurs déjà en déclin, quand d’autres produits innovants commencent à émerger. Il est vrai que la tendance de plusieurs indicateurs pouvait être annonciatrice de la crise, avant même que ne survienne le choc pétrolier. Certes soutenue en partie par une croissance encore vigoureuse, l’inflation française a franchi le seuil des 5% dès 1970, avant d’accélérer jusqu’à 9,2% en 1973. Reste que le choc pétrolier accentua un peu plus la dynamique avec une hausse généralisée des prix de 13,7% l’année suivante.

Boucle prix-salaires et début du chômage de masse
Entre octobre 1973 et janvier 1974, le prix du baril de pétrole explose, passant de 2,59 dollars à 11,65 dollars. Les prix des matières premières bondissent également, de même que le prix du litre d’essence qui, à 1,69 franc en 1973, s’établit à 4,17 francs en 1980. Cette inflation galopante se diffuse plus généralement à tous les produits de consommation. La croissance, elle, ralentit, de 6,3% en 1973 à 4,3% en 1974, puis dégringole, le PIB tricolore reculant de 1% en 1975.

Face à la flambée des prix, le Smic, indexé sur l’inflation, est revalorisé plusieurs fois par an. Sa hausse est même plus importante que celle des prix car l’objectif du successeur du Smig depuis 1970 est de faire en sorte via des coups de pouce supplémentaires que le salaire minimum rattrape en partie son retard sur le salaire moyen. Fixé à 3,27 francs brut de l’heure cette année-là, il progressera rapidement pour atteindre 14 francs dix ans plus tard.

Au-delà du Smic, ce sont l’ensemble des salaires qui vont augmenter significativement dès le début de la crise des années 1970, déclenchant une boucle prix-salaires alimentant un peu plus l’inflation. Il faut dire que la dynamique des prix et la hausse des factures énergétiques attisent à l’époque un certain mécontentement social, et encouragent les syndicats à réclamer des gestes forts au patronat.

« Les revendications des syndicats étaient très fortes. Ils tenaient impérativement à l’indexation (des salaires sur les prix) », rappelle Michel-Pierre Chélini, professeur d’histoire contemporaine spécialiste des prix à l’Université d’Artois et co-auteur de Calmer les prix, l’inflation en Europe dans les années 1970.
Les augmentations successives obtenues chaque année iront même au-delà de l’inflation. Jusqu’à la fin de la décennie, les salaires nets réels, c’est-à-dire corrigés des effets de la hausse des prix, progresseront d’environ 4% par an. Des revalorisations d’autant plus faciles à obtenir pour les syndicats que les salariés sont en position de force dans une période où la France est en situation de plein emploi.

Mais la situation va progressivement changer. A mesure que la crise s’installe, que la croissance et la productivité ralentissent, le chômage devient une nouvelle réalité, bien que tout le monde n’est pas exposé de la même manière, les secteurs déjà en difficulté avant la crise (charbon, textile, sidérurgie) étant les premiers touchés.

A 3,5% en 1975, le taux de chômage franchit la barre des 5% quatre ans plus tard et continuera de grimper après le second choc pétrolier de 1979, jusqu’à dépasser les 9% en 1985. Cette situation étonne les économistes de l’époque alors que l’inflation persiste à un niveau très élevé. Pour la première fois, la relation mise en avant par la célèbre courbe de Philips selon laquelle l’inflation recule quand le chômage augmente (et inversement) est mise à mal.

Une période propice aux investissements immobiliers
Dans les années 1970, l’urbanisation se poursuit et de plus en plus de Français, en majorité locataires à l’époque, veulent désormais acheter leur logement. Si l’inflation provoque une remontée des taux d’intérêt susceptible de refroidir certains projets, les prix de l’immobilier ne s’effondrent pour autant. De fait, la demande reste soutenue avec des crédits qui connaissent deux phases de hausse importante en 1972-1973 et 1975-1977.

Rien de surprenant en réalité puisque les taux augmentent moins que l’inflation. Autrement dit, les taux réels demeurent faibles, voire négatifs en 1974. « Ce n’est pas la période où les gens qui s’endettent font de mauvaises affaires. Le remboursement se fait de plus en plus facilement », relève Michel-Pierre Chelini.

En effet, « du milieu des années 1970 au milieu des années 1980, un ménage pouvait accepter un taux d’effort (mensualité à rembourser rapportée au revenu, ndlr) très élevé en début de prêt puisque la croissance de son revenu (approximativement indexé sur l’inflation) le réduisait très rapidement: par exemple, si son revenu croissait de 10% par an, un taux d’effort initial de 35% n’était plus que de 26% après trois années. Avant 1984, l’inflation élevée compensait donc le niveau élevé des taux d’intérêt sur le pouvoir d’achat immobilier des ménages », rappelle l’économiste Jacques Friggit, chargé de mission au Conseil général de l’Environnement et du Développement durable, dans une note publiée en 2010.
« En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées »
Le choc pétrolier de 1973 suscite aussi des inquiétudes en matière d’approvisionnement énergétique. Ce qui pousse le gouvernement à agir en misant largement sur l’atome pour la production électrique nationale. Dès mars 1974, le Premier ministre Pierre Messmer dévoile un plan visant à limiter la dépendance française au pétrole via la construction de plusieurs réacteurs nucléaires. Trois ans plus tard, le premier réacteur à eau pressurisée de Fessenheim entre en service. Au total, 54 réacteurs seront construits durant la décennie.

Dans le même temps, l’Agence pour les économies d’énergie est créée et le gouvernement annonce dès fin 1973 plusieurs mesures symboliques de court terme pour inciter les Français à la sobriété: limitation de la vitesse automobile à 90km/h sur les routes et à 120 km/h sur autoroute, fin des émissions de télévision à 23h hormis le samedi soir et pendant les fêtes, interdiction de la publicité lumineuse ainsi que de l’éclairage des monuments publics et des bureaux inoccupés de 22h à 7h, plafonnement du chauffage à 20 degrés « dans les locaux à usage d’habitation, d’enseignement, de bureaux ou recevant du public »…

C’est aussi en 1974 que naît dans une campagne de publicité du gouvernement le célèbre slogan « En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées ». Cette année-là, Valéry Giscard d’Estaing est élu président de la République. Deux ans après son arrivée au pouvoir, il imposera à son tour sa mesure symbolique pour réduire la consommation d’énergie avec l’instauration du changement d’heure.

Entre plans de relance et plans de contrôle
Outre les mesures visant à réduire la consommation énergétique, les gouvernements successifs de l’époque cherchent à enrayer la dynamique de l’inflation et à redonner un coup de boost à l’économie, sans trop savoir quel levier actionner: « Il y a eu une alternance de plans de relance et plans de maîtrise des prix », souligne Michel-Pierre Chélini.

En 1974, le gouvernement de Jacques Chirac opte dans un premier temps pour une politique de freinage de l’inflation via plusieurs dispositifs comme l’encadrement du crédit, un relèvement des taux d’intérêt et diverses mesures fiscales. Mais face au mécontentement de l’opinion, le Premier ministre du président Giscard change de braquet et annonce quelques mois plus tard un plan de relance à plusieurs dizaines de milliards de francs pour soutenir la consommation et l’investissement (déductions de TVA, crédits d’impôts pour les familles nombreuses, prêts bonifiés, etc.). Le bilan est plutôt décevant. Si la « relance Chirac » a permis de retrouver un niveau de croissance correct, elle a entretenu l’inflation, contribué au creusement du déficit budgétaire et dégradé les comptes extérieurs de la France.

Nouveau Premier ministre en 1976, Raymond Barre fait marche arrière et décide d’un plan d’austérité: les prix sont bloqués, des contrôles sont mis en place dans les magasins, la hausse des salaires est encadrée et les impôts sont majorés. Un second plan davantage partagé entre mesures de soutien à la consommation et mesures de freinage des prix verra le jour en 1978. Mais les résultats sont minces: l’inflation demeure très élevée et le chômage (5% en 1979) continue de grimper. L’endettement public est quant à lui passé de 8,1% du PIB en 1974 à 13,8% en 1979.

« Chasse au Gaspi »
C’est d’ailleurs en 1979 que survient le second choc pétrolier, conséquence de la révolution iranienne et de la guerre entre l’Iran et l’Irak. Ce qui oblige le gouvernement à prendre de nouvelles mesures d’économies énergétiques: le fuel est rationné, tandis qu’une nouvelle campagne est lancée: « la chasse au Gaspi ».

Cette opération de communication marque les esprits en mettant en scène un petit personnage rose au gros ventre et à la tête en entonnoir dont le père n’est autre que celui de Bison Futé, à savoir Jean Poulit, directeur à l’époque de l’Agence pour les économies d’énergie après avoir été responsable des routes.

Vérifier les pneus, éviter les accélérations intempestives… La campagne « Gaspi » invite les automobilistes à adopter les bons gestes pour une conduite plus économique. L’opération est un succès: 225.000 tonnes de pétrole auraient été économisés, selon le gouvernement.

Malgré ces efforts louables, la France s’enfonce dans la stagflation: l’inflation redécolle pour atteindre 13,7% en 1980 tandis que la croissance ralentit à nouveau, à seulement 1,1% en 1981. C’est dans ce contexte que la gauche fait son retour au pouvoir après de longues années d’absence. Sera alors menée une politique de relance dirigée par le Premier ministre de François Mitterrand, Pierre Mauroy. Sans succès réel: « La politique économique française est supposée rétablir la croissance par augmentation des revenus salariés et des dépenses de l’Etat, mais gonfle en fait déficit extérieur et déficit budgétaire », relève Michel-Pierre Chelini.

Nouveau revirement en 1983 avec le plan de rigueur Delors qui sera particulièrement dur alors que le chômage dépasse les 7%. Afin de calmer l’inflation et restaurer la compétitivité de la France, les prix ainsi que les revenus sont bloqués: l’heure est désormais à la modération salariale. Un emprunt forcé contraindra également les contribuables payant plus de 5000 francs d’impôts à verser 10% du montant de celui-ci à l’Etat qui récupérera 14 milliards de francs avant de rembourser ces sommes à partir de 1985.
Finalement, la croissance économique repartira dès 1984 pour dépasser les 4% à la fin des années 1980. De son côté, l’inflation ralentira pour s’établir à 2,7% en 1988. Si la France sort alors de la crise et entre dans un nouveau cycle, le chômage, à plus de 8% à la fin de la décennie, s’inscrira en revanche dans la durée.

Inflation : les gagnants… et les perdants !
Georges Nurdin Il y a 9 heures

Inflation : les gagnants… et les perdants !
Alors que le retour de l’inflation fait de plus en plus parler de lui, notre chroniqueur Georges Nurdin, économiste, consultant international essayiste et écrivain, revient sur le phénomène. Il fait la liste de ceux qui en profitent… et de ceux qui en souffrent.
L’inflation, l’autre plaie. L’inflation ? Encore un papier sur ce thème ! A quoi bon ? On connaît tout sur le sujet : c’est si bien expliqué dans tous les médias. On résume : c’est quand la demande excède l’offre, alors les prix montent. C’est simple, non ? Oui, c’est simple, simplissime même ! Mais pas tout à fait exact, pour autant. Car cette “définition” simplissime, pour ne pas dire simpliste, exclut une partie pourtant fondamentale de l’équation : la monnaie. Car pour que la demande puisse rencontrer l’offre et se matérialiser en achat, à un niveau de prix dit d’équilibre, il faut qu’à un moment donné l’on puisse payer pour déboucler la transaction. En termes plus crus : tout simplement payer l’addition. Et pour payer il faut… des liquidités, de la monnaie donc. Sous une forme ou sous une autre.

Ceci a été conceptualisé par, notamment, Irving Fischer, Professeur d’Économie à l’université de Yale dans les années 30, car dans les années 20 et 30 il s’est passé pas mal de choses côté inflation justement, versant allemand, et versant américain - la Grande Dépression - qui nous ont, in fine, amené la guerre et ses 85 millions de morts, du coup on s’est penché - sérieusement - sur le problème pour mieux le comprendre et essayer de le prévenir. Irving a donc produit cette désormais célèbre équation : MV=PT, que l’on peut encore écrire P = MV/ T. Où M est la Masse monétaire, V la vitesse de circulation de la Monnaie, P les Prix et T le volume des Transactions.

En d’autres termes, le niveau des Prix est fonction de la Masse Monétaire émise / disponible et de sa Vitesse de circulation, rapporté aux Transactions (l’économie réelle en somme : les achats et les ventes de biens et services)

Donc dans une économie « normale », on s’attendrait pour que le modèle soit équilibré, à ce que la création monétaire, et donc la masse monétaire en circulation (de son petit nom, M3), évolue sur un rythme parallèle à celui des transactions réelles découlant elles-mêmes de la création de richesses, c’est-à-dire du PIB. Jusque-là tout va bien ? Alors, tant mieux,… car depuis 2008, rien ne va plus : L’économie de la zone Euro (PIB) a crû entre 2008 et 2021 de 29% alors que la masse monétaire (M3) de cette même zone s’est envolée de 171%. En clair, en 12 ans, la création de monnaie a été 6 fois plus grande que la croissance naturelle de l’économie ! Comment se fait-ce ?

Elémentaire, mon Cher Watson !… c’est juste une question de QE (Quantitative Easing). Un acronyme abscons qui fleure bon les instances européennes. On connaît le QE sous son nom plus vernaculaire : la bonne vieille planche à billets. La BCE (Banque Centrale Européenne) a, pour étouffer la crise engendrée par les Banques spéculatives avec l’argent de leurs épargnants, créé dès 2008 à partir de rien des tonnes de monnaie qu’elle a injectées dans les circuits. Principalement pour éviter aux banques coupables le châtiment de leur propre faillite. (On se souvient de la prime à la “grande délinquance financière en bande organisée” avec la célèbre formule : too big to fail !)

En 2019, 2020 et 2021 avec les divers et variés plans de relance, de sauvetage et des multiples « quoi qu’il en coûte » relatifs au Covid 19, les banques centrales, avec le soutien de la BCE (dont le rôle principal est, paradoxalement, à veiller à l’absence d’inflation !), ont littéralement arrosé de liquidités des pans entiers de l’économie. A tel point que nous sommes aujourd’hui devant un excès massif de liquidités en circulation (en 2020 le niveau de faillites a été inférieur de moitié à son niveau naturel ! car les entreprises ont été, pour la plupart, artificiellement et abondamment surfinancées par l’Etat) .

Aujourd‘hui ces disponibilités monétaires immenses (plusieurs trillions d’Euros) accumulées se déversent comme un barrage qui craque. La poussée temporaire, post confinement covid, des prix de quelques intrants en a été le déclencheur universel. Mais comme cette poussée ne rencontre aucune résistance, les marges étant, de surcroît, non seulement conservées en pourcentage par les industriels et commerçants, voire augmentées pour “se refaire” (et pourquoi s’en priver : il n y a aucun mécanisme régulateur en place), l’ensemble produit un effet amplificateur violent qui se propage tout le long de la chaîne de valeur. In fine, mécaniquement, les prix flambent à tous les étages. Et il n’y aucune raison pour que ceci s’arrête car les liquidités sont là, abondantes, quasi infinies, et la planche à billets continue de tourner à plein régime.

Alors qui gagne, qui perd ?
Avant de répondre à cette question, une petite équation. Encore une, on ne s’en lasse pas. Tout le monde comprend intuitivement ce que signifie gagner 10 % par période sur 10 périodes : partant d’un capital de « 1 » : cela veut dire avoir 2,6 à la fin. C’est plutôt une bonne perspective.

Ce que l’on voit, en général, moins bien c’est ce que veut dire perdre 10 % par période sur 10 périodes. Partant toujours d’un capital de « 1 » cela veut dire se retrouver avec 0,35 à la fin. C’est une beaucoup moins bonne chose car ainsi, près des deux tiers de son capital se retrouve évaporé (mangé par l’inflation) en seulement 10 itérations. Bien entendu, ces chiffres ne valent que pour l’exemple, ils n’ont pas de valeur absolue. Ce n’est qu’une allégorie. Donc, pour simplifier :

Les « gagnants » sont ceux qui ont accès à ces liquidités surabondantes : les banques, les assurances (et réassurances), les opérateurs immobiliers, les fonds d’investissements, les fonds spéculatifs (ils ne se sont jamais portés aussi bien), les (grandes) entreprises dont le taux de rendement est supérieur à l’inflation, les emprunteurs (enfin ceux qui empruntent à des taux plus bas que l’inflation bien sûr, c’est-à-dire plutôt des « institutionnels » que des particuliers), en général tous ceux qui peuvent procéder à des effets de levier d’envergure.

Pour reprendre l’historiette plus haut, ce sont qui ont plus de « 1 » de capital. En gros, ceux qui ont déjà une « unité » suffisante de « capital » disponible pour pouvoir procéder à ces « arbitrages » et qui ne sont pas entièrement pris, englués au quotidien, dans la spirale de la « subsistance ».

Les « perdants » sont ceux qui ont moins de « 1 » de capital excédentaire, donc disponible : les revenus fixes, les salariés par exemple, du privé comme du public, les retraités (même si l’on sait maintenant qu’ avec un niveau de retraite moyen de 1297 Euros nets par mois, ils sont considérés comme des jouisseurs de la vie, de vrais nababs, les véritables « rois du pétrole » en somme), les allocataires, les chômeurs, les précaires, sans parler des « sans revenus » tout court, de plus en plus nombreux, hélas, d’après les comptages des associations caritatives.

Ces derniers « segments » forment, pour un pays comme la France, la vaste majorité de sa population. L’inflation n‘existait pas aux temps anciens, sinon elle aurait certainement été citée comme l’un des cavaliers de l’Apocalypse aux côtés des quatre autres que sont la conquête, la guerre, la famine et les épidémies, tant elle est dévastatrice. Elle d’autant plus dévastatrice qu’elle frappe, en priorité, les plus faibles alors qu’elle gratifie les autres. Du darwinisme social à l’état pur. Un grand coup de Gini en somme (du nom du coefficient qui mesure les inégalités)…

Georges Nurdin, économiste, consultant international essayiste et écrivain (Les multinationales émergentes, International Corporate Governance, Le temps des turbulences, Wanamatcha !, La prophétie des pétroglyphes).

Analyse intéressante et détaillée. Mais ce serait bien de donner la source !

Voilà. C’est mieux comme ça !