L inflation est elle durable

Louis Gave de Gavekal : L’inflation est-elle là pour rester ?

par LOUIS GAVE
Publié 30 NOVEMBRE 2021 À 06:00

Enfant, j’ai eu la chance de fréquenter une école jésuite. Poussé par mes amis, j’ai demandé un jour à un professeur : « Mon père, est-il vrai que les jésuites répondent toujours à une question par une autre question ?

Le prêtre m’a regardé de haut en bas et m’a répondu : « Qui vous a dit cela ?

Inutile de dire que cette formation m’a bien servi, et le plus souvent, placé dans une situation difficile, j’ai réussi à m’en sortir en répondant aux questions avec encore plus de questions.

Dans cet esprit, je vais essayer de répondre à la plus grande question du marché d’aujourd’hui - si l’inflation s’avère transitoire - avec plus de questions. Après tout, il existe trois principales écoles de pensée sur les causes, et donc l’orientation future, de l’inflation :

Premièrement , la dislocation des chaînes d’approvisionnement due à la pandémie a poussé les prix à la hausse, et ainsi, à mesure que Covid recule, ces pressions devraient s’atténuer.
Deuxièmement , des déficits budgétaires records, financés par des politiques monétaires accommodantes, ont fait grimper l’inflation et un resserrement de la politique est donc nécessaire pour la faire baisser.
Troisièmement , tout comme la déflation était un effet de l’ère de la mondialisation, la démondialisation actuelle est un moteur de l’inflation.
En les décomposant, réfléchissez aux autres questions suivantes :

La Chine est-elle prête à rouvrir ? Non. Il semble probable que la Chine restera fermée jusqu’après les Jeux olympiques d’hiver de Pékin en février et peut-être jusqu’au congrès du Parti communiste d’octobre prochain, lorsque Xi Jinping devrait obtenir un troisième mandat. Concrètement, cela signifie que les hommes d’affaires étrangers auront du mal à se rendre en Chine pour vérifier leurs chaînes d’approvisionnement et améliorer leur efficacité.
La pénurie de semi-conducteurs est-elle due au Covid ? Non. Les graines de la pénurie actuelle de semi-conducteurs ont été plantées lorsque la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine s’est transformée en une guerre technologique, créant ainsi une incertitude pour les producteurs de semi-conducteurs qui ont réagi en limitant les dépenses en capital.
La pénurie d’énergie d’aujourd’hui est-elle liée au Covid ? Non. Cela a plus à voir avec la destruction de capital observée dans le secteur au cours de la dernière décennie, la poussée ESG et la rhétorique de la transition énergétique. Tout cela a fait grimper le coût du capital des entreprises énergétiques, les obligeant à restituer du capital aux actionnaires plutôt que de forer de nouveaux puits de pétrole. Même avec la flambée des prix du brut, les 50 plus grandes sociétés énergétiques américaines, dans l’ensemble, ne prévoient pas d’augmentation des dépenses en capital. Et pourquoi le feraient-ils, alors que les gros titres crient à la nécessité de se décarboner rapidement ? Ainsi, en l’absence d’une récession mondiale, la pénurie d’énergie est susceptible de durer.
La panne de la logistique mondiale est-elle due au Covid ? Non. Le facteur clé limitant les transports maritimes, les ports et les réseaux de transport intérieur est plus de réglementation, comme les navires devant réduire leurs émissions de dioxyde de soufre à partir de 2020 et les nouvelles règles d’autorisation pour les camionneurs long-courriers. Les mesures de santé et de sécurité en constante expansion créent des coûts qui sont désormais supportés par les consommateurs occidentaux, que ce soit par des prix plus élevés ou des étagères vides.
Les pénuries mondiales de main-d’œuvre actuelles sont-elles liées au Covid ? Dans une certaine mesure. Les travailleurs de nombreux pays ont été payés pour rester chez eux au cours des 18 derniers mois. Pourtant, bien que les aides aient été en grande partie supprimées, de nombreuses personnes sont toujours absentes du marché du travail. Alors que Covid devient endémique, certains peuvent être réticents à réintégrer les lieux de travail surpeuplés.
Par ailleurs, le vieillissement des populations peut avoir un impact plus direct que prévu : il y a dix ans, la Chine ajoutait 15 millions de travailleurs par an ; maintenant, il voit un net de cinq millions de personnes quitter le marché du travail.

Un autre facteur peut être la course haussière sur la plupart des marchés d’actifs qui incite les riches à prendre une retraite anticipée et de nombreux jeunes à échanger des bitcoins pendant la journée plutôt que de travailler un travail de jour. Enfin, les mandats de vaccination encouragent-ils les gens à retourner au travail ou, au contraire, les obligent-ils à quitter leur emploi ? À l’heure actuelle, il semble que ce soit ce dernier.

Si toutes les entreprises rouvraient, les dislocations de la chaîne d’approvisionnement disparaissaient et les travailleurs se présentaient, pourrions-nous produire suffisamment pour répondre à la demande ? Probablement pas. Au cours des deux dernières années, le marché haussier de tout a fait grimper la valeur nette des ménages américains de quelque 29 milliards de dollars, une augmentation record en si peu de temps.
Le résultat devrait être une augmentation de la consommation pendant un certain temps. Mais la production suivra-t-elle ? Une préoccupation majeure est qu’au cours des 18 derniers mois de Covid, peu de personnes auront commencé à construire une nouvelle usine, à former une nouvelle main-d’œuvre ou à forer un nouveau puits de pétrole. Le déséquilibre offre-demande qui en résulte semble donc plaider pour des prix plus élevés plus longtemps. À moins, bien sûr, que les prix des actifs ne se renversent et ne détruisent les gains des dernières années.

Pour répondre à la question initiale…
En résumé, je reste convaincu que l’inflation d’aujourd’hui est soit le résultat des politiques fiscales et monétaires folles d’aujourd’hui, soit le résultat de la démondialisation.

Ainsi, pour que l’inflation se renouvelle, nous aurions besoin de voir un changement dans le dosage des politiques budgétaires/monétaires dans les grandes économies du monde, dont il y a très peu de signes.

Alternativement, il faudrait un engagement renouvelé en faveur de la mondialisation, mais sur ce point, les choses semblent aller dans le mauvais sens

Jerome POWEL vient de déclarer que le tapering va aller plus vite et qu’il faut retirer le mot « provisoire » dans sa déclaration sur l’inflation, ce qui signifie qu’elle est en place…wait and see!

Le gars qui écrit ça oublie complètement le problème du changement climatique.

Il ne parle que production, mondialisation pur faire baisser les prix et… consommer plus donc polluer et faire crever la planète plus vite.

L’INFLATION ATTEINT UN NOUVEAU RECORD DANS LA ZONE EURO À 5,8%

Le taux d’inflation dans la zone euro a battu un nouveau record en février, à 5,8% sur un an, toujours propulsé par la flambée des prix de l’énergie.
Selon une première estimation publiée mercredi par Eurostat, le taux d’inflation a atteint un nouveau record à 5,8% dans la zone euro.

En janvier, l’inflation avait atteint 5,1% ce qui représentait déjà le niveau le plus élevé enregistré par l’office européen des statistiques depuis le début de cet indicateur en janvier 1997 pour les 19 pays ayant adopté la monnaie unique. Depuis novembre, l’inflation a atteint chaque mois un nouveau sommet historique.

La hausse des prix à la consommation est toujours alimentée par la flambée des prix du pétrole, du gaz et de l’électricité. Les tarifs de l’énergie se sont envolés de 31,7% sur un an en février, après +28,8% en janvier.

Mais la progression des prix de l’alimentation (y compris alcool et tabac) s’est aussi accélérée le mois dernier, à 4,1%, après 3,5% en janvier. Cette accélération atteint aussi les autres composantes. Les biens industriels se sont renchéris de 3% sur un an en février, après 2,1% le mois précédent. Les prix des services restent relativement plus sages (+2,5% en février, contre 2,3% en janvier).

L’inflation dépasse l’objectif fixé par la BCE
Cette hausse généralisée est une très mauvaise nouvelle pour les ménages, dont certains peinent de plus en plus à boucler les fins de mois. Elle est aussi un casse-tête pour la Banque centrale européenne (BCE) qui veille à la stabilité des prix. L’inflation actuelle dépasse très largement son objectif d’un taux de 2%.

Les combats en Ukraine alimentent les pires craintes sur le front économique, en particulier en matière de hausses de prix.

SUR LE MÊME SUJET
L.Subran : “On s’attend à 1pt de plus d’inflation en Europe et 0,5 point de moins de PIB”
La Russie est le principal fournisseur de gaz de l’UE et l’un des principaux exportateurs mondiaux de pétrole. Mais c’est aussi une grande puissance agricole, tout comme l’Ukraine. Les prix du blé meunier et du maïs battent actuellement des records ce qui devrait se refléter dans les indicateurs des prochains mois.

Selon les économistes, le pic d’inflation devrait être atteint prochainement, même si plusieurs éléments sèment le doute à moyen terme.
La zone euro a achevé 2021 avec une inflation jamais vue depuis 25 ans. En décembre, les prix y ont progressé de 5% sur un an. Certes un peu mieux lotie que ses principaux voisins, la France, où l’indice des prix a progressé de 2,8% sur la même période, n’a pas été épargnée par le phénomène.

Si la flambée de l’énergie a contribué pour moitié à cette inflation, celle-ci s’explique aussi et plus largement par la forte reprise économique mondiale post-confinement. Laquelle a entraîné un choc d’offre caractérisée par des hausses des coûts de production, elles-mêmes liées à des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement et, dans certains secteurs, des pénuries de matières premières.

Un pic déjà passé?
Mais la Banque centrale européenne l’assure depuis des mois: ce retour surprise de l’inflation n’est que « temporaire ». Encore faut-il savoir ce que l’on entend par « temporaire ». Auditionné mercredi aux côtés des économistes de l’Insee, de l’OFCE et de l’institut Rexecode, le directeur général de la Banque de France, Olivier Garnier, s’est montré le plus optimiste en évoquant une « bosse en 2021-2022 » suivie dès le début de cette année d’un tassement de l’inflation pour revenir sous les 2% fin 2022 (Indice des prix à la consommation harmonisé).

Contrairement à la Banque de France, l’Insee, qui utilise l’indice des prix à la consommation non harmonisé, table sur un pic plus tardif avec une inflation qui serait « globalement de 2,7% sur un an » début 2022. « On prévoit des glissements annuels qui, jusqu’au mois de juin, resteront supérieurs à 2,5% », a expliqué devant les sénateurs Jean-Luc Tavernier, directeur général de l’institut de la statistique.

Directeur adjoint de l’OFCE, Christophe Blot estime lui aussi que le pic n’est pas encore atteint: « Aux Etats-Unis, l’inflation sous-jacente (hors prix volatiles) continue d’augmenter, ce qui semble indiquer que le choc n’a probablement pas encore atteint son pic, donc on pourrait voir les mêmes choses en France et dans la zone euro », a-t-il dit.
Toute la difficulté est de prédire ce point haut de l’inflation qui dépendra de l’évolution des prix de l’énergie et des tensions dans les chaînes d’approvisionnement: « Le consensus global est plutôt que ce choc va se résorber. On ne sait pas exactement mesurer à partir de quel moment, probablement au cours du premier semestre 2022 », a ajouté Christophe Blot. De premiers signaux comme la baisse des prix du transport maritime peuvent indiquer que le processus est en marche en ce début d’année, mais les prix des matières premières industrielles restent encore élevés à ce stade.

Boucle prix-salaires?
Olivier Garnier reconnaît lui aussi qu’« il y a une forte incertitude sur l’ampleur et la durée de la ‘bosse’ ». Car si les doutes se concentrent à court terme sur l’évolution des prix de l’énergie et des tensions sur les matières premières, l’évolution des salaires sera un autre facteur déterminant de la hausse des prix :

« Si le choc d’offre dure plus longtemps que prévu, il peut y avoir des revendications salariales un peu plus importantes pour compenser les pertes du pouvoir d’achat. L’impact va dépendre du pouvoir de négociation des salariés qui peuvent être différents selon les secteurs », souligne Christophe Blot. « A moyen terme, le facteur clé, c’est la boucle prix-salaires », abonde Olivier Garnier. Pour l’heure, l’Insee n’observe pas d’accélération salariale susceptible d’alimenter l’inflation. Mais les chefs d’entreprises interrogés par l’institut s’attendent tout de même à une hausse des salaires nominaux en 2022.

L’épargne considérable accumulée de manière forcée ou non par les ménages depuis le début de la pandémie pourrait en outre jouer un rôle dans la trajectoire de l’inflation cette année. Dans l’hypothèse où une partie de cette manne serait dépensée à la faveur d’une amélioration de la situation sanitaire, un choc de demande pourrait succéder au choc d’offre. Selon l’OFCE, l’inflation serait plus élevée de 0,9 point dans le scénario de désépargne par rapport au scénario sans désépargne.

Un changement de nature de l’inflation
Si l’énergie a été le principal moteur de l’inflation ces derniers mois, ce pourrait ne plus être le cas prochainement. Alors que les coûts de production des produits alimentaires et manufacturés ont augmenté tout au long de l’année, ceux de l’énergie devraient se stabiliser: « Si on se projette pour l’avenir, ce n’est pas un gros pari de dire qu’au premier semestre 2022, à tout le moins, il y aura une contribution plus forte des prix manufacturés et alimentaires », prévoit Jean-Luc Tavernier.

« Il y a un changement de régime d’inflation », confirme Olivier Garnier. Ce qui coïncide au passage avec les déclarations de la grande distribution et en particulier de Michel-Edouard Leclerc qui avait indiqué ne pas avoir reporté la hausse des coûts sur le consommateur fin 2021, avant de prévenir que les prix allaient en revanche « flamber » en 2022.

SUR LE MÊME SUJET
Etats-Unis: les prix ont grimpé de 7% en 2021, plus forte inflation depuis 1982
Quoi qu’il en soit, une fois le pic d’inflation passé, « on ne reviendra pas à la situation pré-Covid mais plutôt à une situation d’inflation proche de celle du milieu des années 2000 », lorsque l’inflation « était proche de 2% », a encore indiqué Olivier Garnier devant les sénateurs. Une projection confirmée par Charles-Henri Colombier, directeur de la conjoncture chez Rexecode, lequel considère « que le taux d’inflation va durablement être plus élevé qu’il ne l’était au cours de la dernière décennie ».

Pourrions-nous « vivre » avec l’inflation comme nous devrions « vivre » avec le COVID-19 ?
Publié le mardi 1 mars 2022
Le covid reflue, l’inflation afflue…

Article rédigé par EAVEST, cabinet de conseil indépendant spécialisé dans la construction, le suivi et l’analyse de produits structurés.

Ce qu’il faut retenir :

Dans ce contexte historique, personne n’est épargné et les chiffres témoignent d’une inflation mondiale.

Au-delà de la baisse de pouvoir d’achat, la première conséquence est le creusement des inégalités.

Les marchés boursiers restent très vulnérables face aux intentions de la Fed et des autres banques centrales

L’inflation est bel et bien installée.

Alors que depuis les années 1990 et les débuts de la mondialisation, elle n’a cessé de décroître, la pandémie est venue changer la donne et faire flamber les prix. Augmentation de 41% du coût du gaz ou 21% celui du carburant, nombreux sont les exemples pour caractériser l’impact de l’inflation sur notre quotidien.

Entre janvier 2021 et janvier 2022, une hausse de 22,8% pour le Gazole, qui se ressent sur le prix d’un plein. Une hausse qui s’explique notamment par l’augmentation du prix du baril de Brent de Mer du Nord qui a atteint mi-janvier son plus haut niveau.

Dans ce contexte historique, personne n’est épargné et ces chiffres peuvent témoigner d’une inflation mondiale. En effet, Entre les mois de juillet et de novembre, l’inflation en France n’a cessé d’augmenter, passant de 1,5 % sur un an à 3,4 %. L’inflation totale en zone euro a battu un nouveau record à +5,1% en glissement annuel. Assez largement à cause des prix de l’énergie mais pas seulement. Tous les secteurs sont touchés du prix de l’énergie aux produits de première nécessité jusqu’aux produits électroniques.

Aux États-Unis, la situation est tout aussi préoccupante avec un chiffre record : +7,5%. La situation Américaine est ainsi jugée « intolérable » par de nombreux économistes.

En Russie, où Vladimir Poutine fait craindre la possible invasion de l’Ukraine, le pays est victime d’une importante tendance inflationniste, qui a atteint +8,7% entre janvier 2021 et janvier 2022. [Article rédigé le 22 février par les équipes d’Eavest, juste avant le début de l’invasion]

Enfin, chez la deuxième puissance mondiale, l’inflation reste plus modérée. Effectivement, en Chine, les prix à la consommation ont augmenté de seulement 0,9%.

Alors que le covid reflue, l’inflation afflue. Cette nouvelle pandémie vient ébranler le monde.

Quelles en sont les raisons ?

Il existe trois principales raisons qui peuvent expliquer une tendance inflationniste :

l’inflation par la monnaie,

par la demande ou

par les coûts.

Actuellement, les ministres des Finances estiment que les taux d’inflation sont élevés dans de nombreux pays, en raison des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement, d’inadéquations entre l’offre et la demande et de la hausse des prix de l’énergie.

Quelles en sont les conséquences ?

Au-delà de la baisse de pouvoir d’achat, la première conséquence est le creusement des inégalités. En effet, tous les agents économiques ne peuvent pas faire évoluer leurs revenus à la même vitesse que l’inflation. Celle-ci va être favorable aux emprunteurs et aux titulaires de revenus flexibles, mais elle pénalise les épargnants, les créanciers.

Il faudra désormais débourser plus d’argent pour acheter les mêmes produits classiques que vous achetiez dans les supermarchés. A titre d’exemples, le prix du café continue sa hausse et devrait augmenter d’environ 5 à 10% en 2022.

En France, cette période d’inflation rend l’avenir incertain et complique la croissance économique du pays. En effet, l’état qui tente par tous les moyens de rassurer et de contenir les prix de l’énergie, doit également faire face aux conséquences économiques de la crise sanitaire et du « quoi qu’il en coûte ».

Enfin, les marchés boursiers restent très vulnérables face aux intentions de la Fed et des autres banques centrales en matière monétaire. L’incertitude accrue sur les perspectives d’inflation implique que la Banque centrale européenne garde toutes ses options ouvertes, en particulier sur les futures hausses de taux d’intérêts. L’augmentation de ce taux directeur va provoquer mécaniquement une hausse des taux d’intérêts pour les crédits - que ce soient les emprunts que font les états, les emprunts que font les sociétés ou les crédits des particuliers. Cette hausse du taux de la BCE risque ainsi d’avoir un impact sur la consommation, principal moteur de la « croissance » en France, en ralentissant la demande pour rétablir un point d’équilibre avec l’offre et atteindre l’objectif des 2% d’inflation.

Également, le remboursement de la dette publique est rendu plus cher, et pour les entreprises, le crédit sera moins abondant et cela aura un effet mécanique sur l’investissement. Outre l’impact des banques centrales dans le maintien de l’inflation, les gouvernements aussi s’investissent. En France, le « chèque inflation » de 100€ distribué par l’état permet en partie de protéger le pouvoir d’achat des français, réduire la pression sur les salaires et « in fine » réduire l’inflation. De plus, à l’heure de la présidentielle 2022, nous pouvons assister à une vague massive et dynamique de propositions visant à lutter contre l’inflation. Par ailleurs, tous les candidats s’accordent sur un point concernant l’inflation : la hausse des salaires moyens. Reste à savoir qui sortira vainqueur.

Pour conclure, avec la reprise de l’économie et de la consommation, la hausse des coûts de l’énergie, des matières premières et des transports, les répercussions sur les produits finis comme les vêtements semblent aujourd’hui incontournables. L’inflation est bel et bien installée. Ainsi, il en revient de nous poser la question de la durabilité de l’inflation, de ses conséquences financières et notre capacité à faire face à cette nouvelle « épidémie » alors que le monde sort à peine la crise du COVID-19.

Comment gérer l’inflation dans un portefeuille ?Prévoir l’inflation à court terme n’est pas nécessairement d’une grande utilité. Faire attention aux valorisations est en revanche un impératif.
Jocelyn Jovène01.12.2021FacebookTwitterLinkedInFont-Size
Après des décennies de chute des rendements obligataires et d’inflation faible, voire de périodes de déflation, le rebond de l’inflation et son maintien ou pas sur des niveaux élevés est au cœur des préoccupations des investisseurs.

Or l’inflation réduit le pouvoir d’achat de nombreuses classes d’actifs. Elle rogne le coupon que versent les obligations. Elle conduit sur longue période à une augmentation du taux sans risque et peut peser sur les marges de certaines entreprises, ce qui affecte le potentiel de valorisation des actions.

Ignorer l’inflation est donc impossible.

Mais faut-il pour autant chercher à prévoir son niveau à court terme ? Pas nécessairement, selon Clémence Dachicourt et Tanguy de Lauzon, respectivement gérante de portefeuille senior et responsable des risques chez Morningstar Investment Management, au cours de la conférence annuelle de Morningstar France.

En revanche, comprendre l’évolution des régimes d’inflation sur longue période et les comportements des différentes classes d’actifs peut s’avérer utile sur la manière de piloter une allocation au fil du temps.

Par exemple, l’analyse des régimes d’inflation en France (entre 1900 et 2020) montre que les phases d’inflation faible sont assez peu fréquentes. En revanche, l’occurrence de régimes d’inflation supérieure à 5% est élevée (40%) et la probabilité que cette phase soit suivie par un niveau d’inflation soutenue est forte.

Or, dans un contexte d’inflation élevée, actions et obligations sont pénalisées. « Concernant les actions, la dispersion des performance entre secteurs est significative, avec des risques de perte en capital importants, ce qui signifie que les actions ne sont pas la classe d’actifs la mieux à même de protéger contre le risque d’inflation élevée », note Clémence Dachicourt.

Cette dispersion des performances ne permet pas non plus de privilégier un positionnement en termes de style (croissance ou « value ») selon le régime inflationniste.

Comment donc construire un portefeuille ?

Suite à la pandémie de COVID et au rebond des marchés financiers qui a suivi, « on est aujourd’hui sur des niveaux de valorisation extrêmement tendues sur l’ensemble des classes d’actifs et dans la plupart des zones géographiques, à un moment où la croissance économique ralentit », observe la gérante.

S’exposer à des actifs chèrement valorisés accroît le risque d’un portefeuille et ne permet pas, sur le long terme, de contrebalancer la perte de pouvoir d’achat liée à l’inflation.

Ceci veut dire qu’il faut chercher des classes d’actifs décotées. « Or ces classes d’actifs sont souvent mal aimées des investisseurs », souligne Clémence Dachicourt.

En outre, l’inflation n’est pas le seul facteur de risque qui peut impacter un portefeuille. D’autres éléments liés au régime macro-économique, comme les devises, peuvent avoir un impact significatif sur la performance d’un portefeuille.

Dans un environnement où l’inflation reviendrait durablement, la meilleure manière de construire une allocation consiste donc à privilégier des actifs décotés, « qui sont probablement moins prisés et pas toujours les plus confortables à détenir, mais sont en revanche ceux qui offrent la plus grande probabilité de générer un rendement en phase avec les objectifs des investisseurs », estime Clémence Dachicourt.

Cet élément pourrait conduire à des pressions inflationnistes supplémentaires…
Publié le mercredi 25 mai 2022
Ces deux dernières années, le fonctionnement du transport maritime de marchandises s’est enrayé, notamment à cause de la congestion des grands ports. Cela pourrait paraître anecdotique mais des travaux récents montrent que les conséquences économiques de ces perturbations sont importantes, en particulier en ce qui concerne l’inflation.

Par Bastien Drut, Responsable de la Macro Stratégie Thématique chez CPR AM

L’importance du transport maritime de marchandises

Il y a peu d’endroits où l’état des chaînes d’approvisionnement internationales est aussi visible que dans les grands ports. En effet, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) estime que plus de 80 % du commerce de marchandises en volume est réalisé par bateaux (plus de 70% en valeur). Ce pourcentage est même encore plus élevé pour la plupart des pays émergents. Dès lors, on comprend aisément que des perturbations de cette organisation peuvent avoir des conséquences économiques importantes et ce que nous allons voir dans la suite de ce texte en nous penchant sur deux documents de travail du FMI sortis sur le sujet à la fin mars 2022.

Des temps de transport plus élevés

Dans le premier de ces documents de travail, les chercheurs du FMI ont utilisé une base de données qui recense les voyages de quasiment tous les cargos du monde ces dernières années. Tout comme les avions avec leurs transpondeurs, quasiment tous les cargos émettent périodiquement un signal, notamment pour éviter les collisions, et ces signaux peuvent être recueillis par des récepteurs sur terre ou par des satellites commerciaux, ce qui peut permettre de suivre une grande partie des flux commerciaux en temps réel. Ces chercheurs se sont focalisés sur les cargos transportant des produits manufacturés et ont exclu de l’analyse les bateaux de loisir et les cargos transportant des matières premières. Ils ont aussi exclu les bateaux dont le point de départ et le point d’arrivée sont dans le même pays pour bien se focaliser sur les relations commerciales internationales.

Leurs résultats sont clairs : les temps de transport maritime de marchandises (qui incluent la navigation entre le port de départ et le port d’arrivée, l’attente pour entrer dans le port et le chargement/déchargement des marchandises) ont augmenté dès le début de la crise Covid, avec une accélération marquée fin 2020, du fait de la congestion des ports. Fin 2021, les temps de trajet étaient en moyenne 25% plus longs par rapport à avant la pandémie, dont deux tiers proviendraient de l’attente pour entrer dans le port et un tiers pour le chargement/déchargement des marchandises. C’est un peu comme si les distances étaient plus importantes, ce qui génère des coûts supplémentaires. Les auteurs de cette étude ont cherché à savoir ce que cela représentait économiquement : ils estiment que ce surplus de temps de transport est équivalent à une hausse des droits de douane moyens au niveau mondial allant de 0,9 à 3,1 points de pourcentage selon les modèles. Si on prend le milieu de cette fourchette, la hausse des temps de trajet serait donc équivalente à une hausse des droits de douane moyens de 2 points de pourcentage… ce qui correspond à la baisse des droits de douane moyens appliqués au niveau mondial entre 2003 et 2017. Au final, c’est comme si cet allongement de temps de transport maritime effaçait 14 ans de baisse des droits de douane, et donc pour ainsi dire de mondialisation.

Un autre point intéressant est que même si la congestion des ports a été visible à de nombreux endroits du monde, il y a de grandes différences entre les pays, les Etats-Unis et la Chine étant les plus touchés par la persistance de l’allongement des temps de transport, les volumes de biens échangés entre ces deux pays ayant fortement augmenté lors de la crise Covid.

Un fort impact sur l’inflation

Dans le deuxième document de travail, d’autres économistes du FMI se sont cette fois focalisés sur l’impact de la hausse du coût du fret maritime sur l’inflation. Leur point de départ est le fait que ces coûts de fret maritime ont justement fortement augmenté depuis le début de l’épidémie de Covid : en octobre 2021, le coût du transport maritime de containers était en hausse de plus de 500% par rapport à avant l’épidémie (et de plus de 200% pour le transport de matières premières brutes). Selon eux, deux facteurs expliquent cette hausse :

la forte augmentation de la demande de produits intermédiaires liée à la plus forte activité manufacturière,

le fait que les capacités de fret ont été contraintes par les difficultés logistiques évoquées plus haut et des pénuries d’équipement associées aux containers. Il y a par exemple le fait que les retards de livraison peuvent occasionner le paiement de pénalités.

Ici, les auteurs de l’étude ont cherché à déterminer l’impact sur les prix à la consommation, qui est forcément non négligeable quand on sait que les importations de biens représentent en moyenne près de 40 % du PIB. Ces chercheurs ont travaillé sur un échantillon de 46 pays entre février 1992 et décembre 2021 et ont mesuré comment une hausse des coûts de fret maritime impactait l’inflation domestique toutes choses égales par ailleurs. Leur conclusion est qu’une hausse d’un écart-type des coûts de fret (soit une augmentation de 21,8 %) augmente l’inflation de 0,15 point de pourcentage au bout de 12 mois. Un autre résultat intéressant montre que l’effet se dissipe un peu sur les 6 mois suivants mais ne disparait pas complètement. Les auteurs notent par ailleurs que les effets sont plus forts dans les pays émergents que dans les pays développés et qu’il y a un effet similaire sur l’inflation sous-jacente, même s’il est un peu moins fort que pour l’inflation totale. Au final, la hausse de 500% des coûts du fret maritime observée pendant la crise Covid a vraisemblablement ajouté plusieurs points d’inflation dans les grandes zones.

Les perturbations du transport maritime sont très loin d’être anecdotiques et ont probablement des conséquences économiques bien plus fortes que ce que l’on pourrait penser au premier abord… C’est clairement un élément à prendre en compte pour bien comprendre l’accélération récente de l’inflation. D’ailleurs, les restrictions sanitaires récentes prises en Chine, et les perturbations induites en termes de transport maritime, vont donc indubitablement donner naissance à des pressions inflationnistes supplémentaires pour les États-Unis et l’Europe.