Intelligence artificielle : les gagnants et les perdants en bourse

Intelligence artificielle : les gagnants et les perdants en bourse

L’engouement boursier qui touche les géants de la tech américaine alimente l’enthousiasme des investisseurs. Mais les bouleversements annoncés vont générer de nouvelles concurrences et certaines valorisations ont déjà atteint des niveaux stratosphériques.
Depuis le succès mondial de ChatGPT, une véritable euphorie boursière a touché des sociétés concernées de près ou de loin par l’essor annoncé de l’intelligence artificielle (IA).
Les plus grandes capitalisations américaines en ont profité : Apple (+47% depuis le début de l’année), Microsoft (+39%), Alphabet (+39%), Amazon (+48%), Meta Platforms (+119%) et Tesla (+136%) ont beaucoup progressé depuis le début de l’année.
L’action Nvidia, du fabricant de cartes graphiques utilisées dans les algorithmes d’IA, a presque triplé sur la période. La hausse du S&P 500 de 14% depuis le 31 décembre dernier ne dépend que de ces valeurs vedettes. Sans elles, la Bourse américaine évoluerait dans le rouge !

Mais gare aux excès: la vedette Nvidia est valorisée à 24 fois son chiffre d’affaires attendu cette année et Microsoft est à 11 fois.

Économie des coûts

L’appétit boursier pour des entreprises présentes dans la chaîne de valeur de l’IA ou utilisant l’IA est venu des gains de productivité et des économies de coûts attendus de ces nouvelles technologies, qui remplaceraient à bon compte des postes de travail. Les experts d’Accenture estiment ainsi que 40% des heures travaillées dans le monde pourraient être impactées par l’essor de l’IA. Les métiers les plus menacés sont les postes administratifs, les vendeurs, les services informatiques, les fonctions financières, les designers, les producteurs de contenus, les ingénieurs, les architectes et… les managers !
De son côté, le cabinet Gartner prévoit qu’à l’horizon 2025, près d’un tiers des nouveaux médicaments, des nouveaux matériaux et des messages commerciaux sera issu de l’IA. Selon Olivier de Berranger et Rolando Grandi, de La Financière de l’Échiquier, «l’adoption de l’IA par les entreprises déterminera leur réussite au cours de la décennie à venir».
Cet attrait pour la thématique s’est traduit par un gonflement des encours des Exchange Traded Funds (ETF, ou trackers) spécialisés dans l’IA, tels que Xtrackers Artificial Intelligence and Big Data [code Isin IE00BGV5VN51], Amundi STOXX Global Artificial Intelligence [LU1861132840], WisdomTree Artificial Intelligence [IE00BDVPNG13], L&G Artificial Intelligence [IE00BK5BCD43], iShares Robotics and Artificial Intelligence [IE00BYZK4552]. Manish Kabra, stratège à la Société Générale, a recensé les entreprises le plus souvent présentes dans ces
fonds cotés en Europe ou aux États-Unis.

Il a classé ces entreprises en deux groupes : les «défensives de croissance» et les «cycliques de croissance», encourageant les investisseurs à privilégier les premières, moins risquées, au détriment des secondes.
Dans le premier groupe, on retrouve Microsoft, Accenture, Servicenow, Adobe, Intuit, Synopsys et Ansys.
Dans le deuxième groupe figurent Meta Platforms, Nvidia, Alphabet, Salesforce, Apple, Netflix, AMD, Autodesk, Intuitive Surgical, Teradyne, Tesla, Cadence Design Systems et PTC.

Nouveaux revenus

Les analystes d’UBS ont analysé l’impact à venir de l’IA pour chaque secteur. Selon eux, l’IA dite «générative», capable de créer du texte, du son, de la vidéo, etc., devrait accentuer les pressions concurrentielles. Elle devrait aussi contribuer à la réduction des coûts et générer de nouveaux revenus potentiels. Les branches les plus concernées par l’usage de l’IA générative se situent dans les logiciels et les services numériques, les médias et internet, les services commerciaux, les semi-conducteurs ou encore les services au consommateur (loisirs, jeux vidéo, éducation).
Le coût des salariés dépasse 30% du chiffre d’affaires dans toutes ces activités, sauf dans les semi-conducteurs. La banque suisse anticipe un effet positif de l’IA sur la croissance et la baisse des coûts, sans changement notable des positions concurrentielles, dans les biens d’équipements, le luxe, la santé, les mines, l’immobilier, la distribution, les semi-conducteurs, les télécoms et les utilities.
La distribution, avec de faibles marges et une proportion importante de salariés effectuant des tâches répétitives, pourrait figurer parmi les principaux bénéficiaires de l’IA.

Davantage de concurrence

En revanche, la réduction des coûts générée par l’IA serait compensée par un surcroît de concurrence dans les médias, l’automobile, l’aéronautique, le transport, la logistique, la chimie, le pétrole, la construction, les biens de consommation courante, la restauration, les banques, l’assurance, les paiements électroniques et la gestion d’actifs.
L’adoption rapide des nouvelles technologies pourrait ainsi favoriser l’émergence de nouveaux entrants, poussant les anciens à réinvestir les économies réalisées pour préserver leurs parts de marché.

UBS a sélectionné des entreprises favorisées par l’IA. Parmi elles figurent Airbus, Thales, Mercedes-Benz, Tesla, Siemens, Schneider Electric, Fanuc, Caterpillar, Rockwell Automation, Emerson ou Deere.

Mais aussi L’Oréal, Coca Cola, Visa, Paypal, Adyen, Walmart, Zalando, Inditex, Capgemini, Alphabet, Amazon, LVMH, Netflix, Shell, SLB, Equinix, McDonald’s, AMD, Nvidia, TSMC, Microsoft, Palo Alto Networks et Deutsche Post DHL.

À l’opposé, la banque suisse a aussi identifié des entreprises menacées par l’usage de l’IA. Parmi elles, UBS a choisi MTU Aero Engines, SKF, Sandvik, Ferragamo et Tod’s.
Dans la liste des «perdants», UBS cite également Associated British Foods, Imperial Brands, Swatch, Sage, Software AG, Adecco, Randstad, HP, State Street, Bank of New York Mellon et Jupiter.

Le Revenu