Carmignac

«Nous arrivons dans une phase de ralentissement»

Publié à 13:40 • Édité à 14:55

Selon Gergely Majoros, le momentum des mois à venir sera moins bon que celui des mois passés.

Pour l’analyste Gergely Majoros, membre du comité d’investissement de Carmignac, nous entrons dans une phase de ralentissement du cycle économique global. Une toile de fond sur laquelle les valeurs de croissance sont à privilégier.

«Après un très fort rebond économique de sortie de crise, nous arrivons dans une phase de ralentissement du cycle économique global», pose comme constat Gergely Majoros. Pour qui, si les taux de croissance restent bons, «le momentum des mois à venir sera moins bon que celui des mois passés». En soulignant qu’au sein des trois régions économiquement importantes dans le monde, des divergences majeures en termes de croissance et d’inflation sont à prendre en considération.

Pour la Chine, il s’attend à une croissance de l’ordre de 8,2% en 2021, puis de 5,3% les deux années suivantes. «La Chine est sortie de crise avant les autres et est entrée la première dans cette phase de ralentissement. Un ralentissement très relatif. Notamment parce qu’elle a fait moins d’accommodations fiscales et monétaires qu’en Europe et qu’aux États-Unis. C’était un choix politique et elle a en plus bénéficié de nos plans de relance pour sortir plus rapidement de la crise.»

Du côté des États-Unis, le rebond a été porté par des politiques fiscales et monétaires très accommodantes. Avec, à la clé, une prévision de croissance pour 2021 de 5,7%. Mais le pays entre également dans une phase de ralentissement. La croissance pour 2022 est estimée à 4%, et celle de 2023 à 2,3%.

Quant à l’Europe, qui est sortie de crise la dernière, Gergely Majoros l’estime encore en phase de rattrapage. La croissance, cette année, est estimée à 4,5%, et à 4,1% l’année prochaine.

La grande différence avec les États-Unis, c’est qu’en Europe, en ayant moins fait sur le plan des stimulus fiscaux, la question de l’inflation sera moins présente qu’outre-Atlantique où il y a des risques de surchauffe avec, comme conséquence, le fait que l’inflation ne redescendra pas avec le cycle comme en Europe, mais sera plus durable. «En 2022, l’inflation aux États-Unis pourrait être durablement plus élevée que ce que la Fed et le marché attendent.»

Priorité aux valeurs de croissance
Le décor posé, Carmignac continue de privilégier les actions en se refocalisant sur les valeurs de croissance (santé, technologie, consommation…) afin de bénéficier d’une croissance organique relativement indépendamment du cycle.

Sur les marchés de taux, la sélectivité, comme la prudence, est de mise. «Il est trop tôt pour se positionner sur les taux cœurs – les bons du Trésor américain ou allemand, principalement – car leur rendement dépend de l’évolution incertaine de facteurs comme l’inflation ou l’orientation des politiques des banques centrales. Gergely Majoros privilégie les produits de «spreads» – «tout ce qui est crédit, marchés émergents, périphérie en Europe» – qui offrent une prime de risque attractive. Pour lui, Jerome Powell, à Jackson Hole, a fait passer le message selon lequel seront dissociées les décisions de «tapering» et de remontée des taux. Dans la tête des investisseurs, les deux sont liés: qui dit «tapering» implique mécaniquement une hausse des taux derrière. Ce ne sera pas le cas. «Pour moi, nous allons vers une normalisation très lente qui permettra aux détenteurs de produits à ‘spreads’ d’avoir plus de temps pour encaisser leurs coupons.»

Le risque politique chinois est un risque politique dans le sens réglementaire.
Gergely Majoros
Gergely Majoros, membre du comité d’investissement, Carmignac

Et la Chine? Les perspectives semblent brouillées par le risque politique. «Le risque politique chinois est un risque politique dans le sens réglementaire», nuance Gergely Majoros. «L’intervention réglementaire récente visant en particulier certains segments de la nouvelle économie chinoise est sensiblement plus sévère que les fois précédentes, en 2015 et 2018. Elle s’est attaquée à plusieurs sous-secteurs de la nouvelle économie en peu de temps, et elle a pour objectif de corriger un certain nombre d’excès de façon durable (positions dominantes, inégalités sociales…). L’impact sur les valorisations a été significatif. Faut-il pour autant anticiper qu’au nom de l’objectif de prospérité commune ou au nom de la rivalité stratégique américano-chinoise dans la tech, les autorités de Pékin affaiblissent durablement les grandes sociétés internet, s’attaquent à la propriété privée et aux structures légales créées pour permettre les cotations étrangères de sociétés chinoises? Nous sommes convaincus que non.»

Pour l’analyste, «la Chine reste un marché dans lequel on peut parfaitement continuer d’investir», sous réserve de se montrer très sélectif. «Nous maintenons ainsi nos convictions sur une sélection de valeurs de la nouvelle économie chinoise. Notre approche reste fondée sur l’identification de sociétés à fort potentiel de croissance, bien gérées et avec des bilans sains, bénéficiant de tendances longues et visibles. Enfin, vu la rapidité et l’évolution récente des annonces, il nous semble de plus en plus plausible de penser que la visibilité sur le nouvel environnement réglementaire devrait s’améliorer progressivement. Cela permettra aux investisseurs de commencer à intégrer les nouvelles informations dans les valorisations et de juger par eux-mêmes de l’attractivité élevée de ces sociétés.»

Saint-Georges de Carmignac tire sa révérence avec un appel au ralliement pour les paris chinois
Le pilier du comité d’investissement montre comment le marché a évolué et changé, mais pourquoi les risques valent la peine d’être pris.

Chris Sloley
par CHRIS SLOLEY
Publié 28 SEPTEMBRE 2021 À 07:00
Saint-Georges de Carmignac tire sa révérence avec un appel au ralliement pour les paris chinois
La Chine perd de son élan. Les changements réglementaires ébranlent la confiance à court terme et nous nous approchons d’une nouvelle guerre froide. Mais cela ne fait pas obstacle au véritable potentiel à long terme de la Chine en tant que marché d’investissement, selon le directeur général sortant de Carmignac, Didier Saint-Georges.

Saint-Georges a fait ces remarques dans son commentaire final pour la société parisienne, qu’il quitte après 14 ans.

Dans la missive « La Chine est-elle toujours investissable ? », le membre du comité d’investissement a souligné à quel point les gros titres récents étaient centrés sur les ventes massives, la répression et les querelles politiques. Mais, dit-il, ce n’est que la moitié de l’histoire.

"Certes, il y a lieu de s’inquiéter de la récente vague de décisions unilatérales d’un gouvernement central qui a ouvert le feu sur de grandes entreprises pour avoir abusé de leur position dominante sur le marché, sur des sociétés de technologie financière pour avoir enfreint les règles de protection des données personnelles, sur des fabricants de jeux vidéo pour nuire à la santé mentale des enfants, et plus encore.

«Ce qui rend le tableau encore plus sombre, c’est que Pékin a dans le même temps adopté une politique monétaire très restrictive – en contraste frappant avec l’approche accommodante poursuivie par les banques centrales occidentales. Et pour couronner le tout, la Chine a introduit des conditions d’emprunt plus strictes qui sont diamétralement opposées aux conditions sans précédent offertes en Europe et aux États-Unis aujourd’hui.

« Du strict point de vue du marché boursier, on peut supposer que les investisseurs, qui ont clairement pris note de cet assaut de mauvaises nouvelles, en ont déjà intégré une grande partie. S’ils l’ont fait, c’est-à-dire s’ils sont fondamentalement fini d’avaler une pilule si amère - alors il est peut-être temps de commencer à « acheter la trempette ».

Saint-Georges a ajouté que bon nombre des critiques adressées aux problèmes en Chine - tels que les nouvelles réglementations strictes et les problèmes de données personnelles - ne sont pas des problèmes pour la Chine seule. Il a dit que cela n’a été mis en lumière que parce que le gouvernement chinois agit si rapidement sur ces questions que cela semble être une rupture par rapport à la norme.

« Le président Xi Jinping, le dirigeant chinois le plus puissant depuis le président Mao Zedong (Xi est peut-être devenu dirigeant à vie à la suite des amendements constitutionnels adoptés en 2018), a l’intention de freiner de tels excès.

« D’une part, la légitimité du Parti communiste est en jeu. D’autre part, la montée des inégalités est un obstacle à l’ambition stratégique globale du gouvernement de rendre l’économie chinoise moins dépendante des investissements et plus axée sur la consommation.

«La faible propension à dépenser manifestée par les citoyens aisés explique en grande partie pourquoi les niveaux d’épargne restent si excessivement élevés. Ces considérations macroéconomiques sous-tendent également l’objectif déclaré du gouvernement – ​​appelé « prospérité commune » – de rééquilibrer les richesses en faveur des classes moyennes.’

Les perspectives positives de Saint-Georges – qui surviennent au milieu des retombées d’Evergrande et de George Soros attaquant les plans d’expansion de BlackRock – étaient considérées comme reflétant un nouveau moyen de gouvernance, plutôt qu’une imposition dictatoriale d’une idée occidentale de la façon dont les marchés devraient fonctionner.

"Il est donc impératif que les investisseurs gardent à l’esprit cette tendance compensatoire, car ce sera désormais la nouvelle norme de l’ère Xi. Mais tant qu’ils le font, ils peuvent parfaitement continuer à investir en Chine, car la RPC n’a aucune envie de saper un actif stratégique comme ses principales entreprises technologiques, et ses dirigeants ne veulent pas non plus passer à côté de la manne des investissements étrangers.

« Leur ambition idéologique est de démontrer que le système politique chinois a des « caractéristiques » qui lui permettent de récolter les bénéfices de l’économie capitaliste tout en évitant ses caractéristiques les plus flagrantes », a-t-il ajouté.

Une préoccupation persistante, a déclaré Saint-Georges, est de savoir comment le pays peut efficacement livrer dans les zones sous pression. Il n’a pas nommé Evergrande exactement, mais la fureur entourant la société immobilière a suscité des inquiétudes quant à la contagion et à la capacité des dirigeants à stabiliser correctement son marché.

« Désendetter une économie chinoise déjà en perte de vitesse sans bouleverser le système financier national sera certainement un formidable défi. Il est donc au moins compréhensible que la préférence des États-Unis pour une nouvelle inflation des prix des actifs financiers renforce l’attrait à court terme des États-Unis pour les investisseurs.

«Mais si la Chine relève le défi avec succès, la perception globale des risques relatifs pour la stabilité financière de la Chine par rapport à l’Occident pourrait éventuellement subir un changement considérable. Cette question est suffisamment importante pour appeler un examen très attentif de la part des investisseurs de long terme. Si la Chine y parvient, non seulement il y aura des raisons supplémentaires pour que les cours des actions de ses grandes entreprises de haute qualité augmentent, mais le renminbi et les obligations souveraines du pays devraient également en bénéficier.’

L’implacable réalité du cycle économique
Auteur(s)
Kevin Thozet
Publié
12 Juillet 2021
Longueur
4 minute(s) de lecture

Après en avoir profité depuis près d’un un, les marchés financiers vont devoir anticiper les effets d’un retrait progressif des mesures de soutien et des plans de relance destinés initialement à faire face à la crise, explique Kevin Thozet, membre du comité d’investissement de Carmignac.

Comment analysez-vous la situation actuelle des marchés financiers et de l’économie mondiale ?

Kevin Thozet : Depuis près d’un an, les marchés financiers ont bénéficié d’une reprise sous stéroïdes grâce aux mesures exceptionnelles prises à la fois par les gouvernements pour relancer l’économie de leur pays, mais aussi par les banques centrales. Maintenant que la reprise de la croissance ne constitue plus le principal enjeu des autorités, les plans d’urgence ayant permis de ramener l’économie mondiale sur une trajectoire plus engageante, la réalité du cycle économique reprend ses droits vis-à-vis de ces mesures mises en place pour faire face à la crise.

Comment cela ?

K.T. : Les banques centrales, dont les décisions permettent de réguler l’activité économique, se font moins présentes. Elles se focalisent davantage sur la stabilité des prix et celle du système financier que sur la croissance économique. En parallèle, de nombreuses mesures ou annonces de soutien se font moins prégnantes de la part des gouvernements, la croissance économique étant de plus en plus autonome. Toutefois, cela n’est pas sans soulever plusieurs questions ; ce d’autant plus au regard de l’importance prise par les mesures de soutien en cette période si singulière.

Lesquelles ?

K.T. : Que se passera-t-il quand les stimulants vont disparaître ? Comment les marchés financiers vont-ils réagir dans un environnement plus « normal » ? Le risque est-il de les voir chuter ? Seront-ils rattrapés par la gravité ou reprendront-ils la trajectoire qu’ils ont tendance à suivre sur le long terme ?

Et concrètement comment cela se traduit-il?

K.T. : Nous l’avons déjà souligné à plusieurs reprises ces derniers mois, les Etats-Unis font, une nouvelle fois, figure de modèle dans le pendant et l’après de cette crise. Et aux Etats-Unis, on est tout proche d’un point d’inflexion. Surveillant attentivement l’évolution des prix, la banque centrale américaine a fait évoluer sa communication. Elle pourrait ralentir dans les mois qui viennent le rythme des achats d’actifs financiers qu’elle opère régulièrement sur les marchés financiers pour soutenir l’économie américaine - possiblement dès cet automne - si les statistiques économiques restent bien orientées. Ce changement de braquet devrait être très progressif et la perspective de voir la Réserve Fédérale agir de façon plus conventionnelle visiblement rassure à en juger la réaction des marchés financiers et la bonne tenue des actifs dits « risqués ».

Doit-on comprendre qu’il n’y aurait aucun problème en vue aux Etats-Unis ?

K.T. : Absolument pas. Il y a d’ailleurs quelques problèmes qui pourraient remonter à la surface. Tout d’abord, l’attention semble se porter de plus en plus sur la situation du marché de l’emploi. La dépendance accrue vis-à-vis des statistiques sur l’emploi tend à constituer une source de volatilité pour les marchés financiers, ces publications étant elles-mêmes volatiles, sujettes à révision et à des ajustements saisonniers. Le risque est ici de voir la banque centrale américaine contrainte de remonter ses propres taux d’intérêt dans un contexte de marché de l’emploi particulièrement vigoureux.

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En quoi cela serait-il un problème ?

K.T. : Cela peut sembler paradoxal car la perspective d’un marché de l’emploi en pleine forme constitue une bonne nouvelle a priori. Seulement, nous ne sommes pas dans une situation normale, le niveau d’endettement actuel de l’économie mondiale étant considérablement élevé, le système financier ne pourrait pas supporter une hausse des taux d’intérêt - et donc du coût du crédit - auxquels il est désormais devenu extrêmement sensible.

Quel autre problème pourrait remonter à la surface ?

K.T. : Qu’adviendra-t-il lorsque la banque centrale américaine et d’autres, qui l’envisagent également, réduiront leurs mesures de soutien exceptionnelles auxquelles les marchés financiers se sont habitués ? A n’en pas douter, un tel changement induirait à terme une croissance économique mondiale moins vigoureuse. Jusqu’ici, les discours des autorités semblent plutôt avoir été bien accueillis. Il faut toutefois se préparer à l’éventualité de conditions financières moins favorables et à ses conséquences sur les marchés financiers. Même si les choses devraient se faire progressivement et graduellement.

Vous parlez beaucoup des banques centrales. Qu’en est-il de l’action des gouvernements ?

K.T. : Si l’on ne s’attend pas à ce que les gouvernements retirent d’ici la fin de l’année les mesures prises depuis 18 mois, le temps d’un retrait progressif viendra également. Les différents plans d’urgence ont permis de préserver de nombreux emplois, de maintenir la confiance dans la solvabilité financière des entreprises et des ménages, et d’éviter également plusieurs faillites. Le risque existe donc qu’un retrait de certaines mesures de soutien puisse s’accompagner d’une recrudescence des faillites et des défauts de paiement à terme.

La réalité économique pourrait rattraper de nombreuses entreprises…

K.T. : Exactement. De plus, aux Etats-Unis, les ambitions du gouvernement américain devront, selon toute vraisemblance, être revues à la baisse dans un contexte de négociations difficiles compte tenu de la majorité fragile dont « bénéficie » le parti Démocrate. Aussi le risque est-il de voir l’économie mondiale profiter cette année de mesures gouvernementales moins fortes qu’initialement anticipé, et même d’observer un recul des montants alloués dès l’année prochaine.

Faut-il s’attendre à un retournement brutal de l’économie mondiale ?

K.T. : Non. Au cours des prochains trimestres, les économies américaines et européennes devraient enregistrer une croissance à deux chiffres en rythme annualisé grâce, notamment, à la consommation des ménages, au commerce mondial et à la reprise du tourisme. Mais un ralentissement est attendu par la suite. De son côté, l’économie chinoise, qui avait commencé à rebondir avant les autres, évolue déjà à un rythme atténué ; et sans intervention de Pékin, sa croissance devrait être inférieure à son potentiel d’ici la fin de l’année. Cette situation aura également des conséquences pour l’Europe, particulièrement sensible à la croissance chinoise.

Comment gérez-vous cette situation ?

K.T. : S’aventurer à prévoir le point haut d’un cycle économique est toujours un exercice délicat. Toutefois, lors des périodes précédentes c’est bien l’inflexion des mesures de soutien des banques centrales qui a marqué le début du retournement du cycle économique. De telles inflexions influent logiquement sur la performance des valeurs en Bourse. Le contexte dans lequel nous évoluons aujourd’hui est donc favorable aux valeurs dont la croissance des bénéfices est moins dépendante du cycle économique. Ce sont de telles valeurs que l’on retrouve aujourd’hui dans nos portefeuilles et qui constituent la colonne vertébrale de nos investissements actuels.

« Les marchés pourraient devenir plus volatils », estime Carmignac
« Les marchés pourraient devenir plus volatils », estime Carmignac
Pixabay
Publié le 08/07/2021 à 17h07
(AOF) - Selon Carmignac, nous approchons du moment où les marchés pourraient devenir plus volatils à mesure qu’approche un point d’inflexion dans le cycle économique. « Sur le marché obligataire, entre ralentissement déflationniste et tensions durable de l’inflation sous-jacente, une gestion active de la duration des portefeuilles sera impérative », écrit Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement stratégique de Carmignac.

« Du côté des actions, compte tenu des perspectives de croissance qui pourraient être un peu réduites et de la relative persistance de l’inflation, le potentiel de performance résiduelle est faible pour les secteurs très cycliques comme les banques », poursuit-il.

Selon Didier Saint-Georges, le thème de la " croissance défensive ", qui signifie souvent aujourd’hui valeurs technologiques et pharmaceutiques de qualité, devrait donc se remettre à surperformer, après avoir logiquement sous-performé dans la phase précédente du cycle économique.

Cette croissance à un prix raisonnable se situe en grande partie aux Etats-Unis et en Chine, mais l’Europe peut également y participer avec certains secteurs de la consommation offrant une très bonne visibilité comme le Luxe.

© AOF

Face à l’inflation, de l’audace et de l’optimisme !
Publié
23 Mai 2022
Carmignac
Frédéric Leroux, membre du comité d’investissement stratégique de Carmignac, présente trois voies à explorer en Europe face au retour de l’inflation.

L’inflation reste au cœur des préoccupations actuelles. Quel est votre point de vue sur ce sujet ?

Frédéric Leroux: L’inflation devrait refluer sensiblement en Europe à partir du mois de septembre. Faudrait-il pour autant anticiper un retour rapide et durable à la situation qui prévalait avant la pandémie ? Probablement pas. Après avoir été nié puis minimisé puis considéré sans avenir, le retour de la hausse des prix est désormais une réalité qui s’impose à nous et va nous accompagner longtemps.

N’y a-t-il aucune solution face à cette réalité ?

F.L.: Croire que l’on peut refouler cette inflation sans casse majeure est certainement une illusion compte tenu des forces structurelles qui lui redonnent vie (démographie moins favorable à l’épargne et à l’investissement, commerce mondial plafonnant, transition énergétique…). Face à ce nouvel environnement qui s’installe malgré nous, trois voies mériteraient d’être explorées en Europe : une hausse des rémunérations réelles (i.e. des rémunérations ajustées de l’inflation), une réindustrialisation pour réduire les dépendances énergétiques et industrielles de l’Europe, et une conciliation entre éthique et efficacité économiques.

Pour commencer, il faudrait donc augmenter les revenus…

F.L.: Aux Etats-Unis, les salaires sont en hausse moyenne de 6 % alors que l’inflation semble devoir bientôt ralentir après avoir atteint à 8,5 %. Ce ralentissement attendu de l’augmentation des prix permet d’envisager une croissance bienvenue des salaires réels outre-Atlantique, où le salarié retrouve une position de négociation favorable.

Qu’en est-il en Europe ?

F.L.: En Europe, les salaires ne progressent que de 1,5 % quand les prix augmentent de près de 7,5 %. Si cet écart est en partie comblé par des aides diverses - chèque énergie, « ristourne à la pompe », avant peut-être des chèques alimentaires pour les moins favorisés d’entre nous -, ces solutions ne peuvent être que temporaires. Elles pèsent sur les comptes publics, augmentent la dépendance des ménages à l’égard de l’Etat, et empêchent les ajustements naturels en masquant la réalité des prix.

Quel est le risque d’une telle situation ?

F.L.: Si les gouvernements ne prennent pas des mesures permettant aux ménages de réduire en partie au moins l’écart de la croissance de leurs revenus avec l’inflation, le risque est clair : voir descendre dans la rue les populations européennes.

Il est donc urgent d’agir…

F.L.: Le sujet devrait être rapidement préempté par les gouvernements, qui doivent faciliter les hausses de salaires par les entreprises et changer leur approche économique des dernières décennies fondée sur la stabilité des prix. Ne pas en changer nous condamnerait à une récession profonde, ce qui risquerait fort de ne pas conduire à une stabilisation durable des prix et de creuser la dette. Une triple peine !

Vous évoquiez une réindustrialisation de l’Europe…

F.L.: Il est nécessaire pour l’Europe de traiter ses dépendances, industrielle, militaire et énergétique que les crises successives - Covid-19 et Ukraine - ont brutalement révélées. Cette nécessité constitue une opportunité de réindustrialiser les pays européens où cela s’avère nécessaire. La France est un candidat évident, d’autant que son outil nucléaire lui fournit un avantage compétitif majeur, surtout s’il est modernisé et développé. Prétendre devenir ou rester une nation industrielle sans maîtriser son approvisionnement énergétique n’est plus une option.

Quels seraient les avantages d’une telle réindustrialisation ?

F.L.: Les emplois industriels sont bien payés grâce aux qualifications requises et à la productivité croissante des entreprises industrielles. Les petits boulots des activités de services comme la livraison à domicile ont leur incontestable vertu mais montrent aussi leurs limites. La réindustrialisation pourrait aussi constituer une raison de réorienter l’épargne des ménages vers des actifs qui alignent leurs intérêts sur ceux de l’Etat car potentiellement profitables même en période d’inflation.

L’actionnariat salarié ne pourrait-il pas être également une piste ?

F.L.: Favoriser simultanément la participation des salariés aux résultats de leurs entreprises grâce à des dispositifs intégrant un minimum d’incitation et de protection serait un moyen, complémentaire et vertueux, d’indexer leurs revenus à l’inflation. Plusieurs grandes sociétés viennent d’ailleurs d’annoncer de nouveaux programmes visant à encourager l’actionnariat salarié.

S’agissant de la troisième voie, comment concilier éthique et efficacité économiques ?

F.L.: Cette troisième voie est complémentaire des deux autres. Encore faut-il retrouver un esprit économique, qui rappelle que le désir d’une économie plus morale ne peut pas longtemps nous abstraire du principe de réalité. En la matière, il en va de la géopolitique comme des contraintes énergétiques.

C’est-à-dire ?

F.L.: La disponibilité énergétique répond à des facteurs physiques que nous ne pouvons ignorer. L’environnement présent montre clairement que le rythme choisi pour la transition énergétique est trop rapide, qu’il contribue à l’inflation et crée un risque d’inadéquation entre l’offre et la demande d’énergie. Si le principe de réalité orientait de nouveau les décisions politiques et économiques les plus « impactantes », la période actuelle pourrait devenir propice, avec un peu d’imagination et d’audace à l’entrée dans une période de prospérité plus largement partagée.

Comme de nouvelles Trente Glorieuses ?

F.L.: La période qui s’ouvre peut avoir en effet quelques similitudes avec nos chères Trente Glorieuses qui se sont développées entre 1950 et 1980 : environnement tendanciellement inflationniste, reconstruction à travers la réindustrialisation, soutien d’une classe moyenne permettant de favoriser une dynamique économique positive…

Quelles seraient les conséquences de tout cela pour les investisseurs ?

F.L.: Le retour de l’inflation va avoir de profonds impacts sur la gestion d’actifs. Ce retour pourrait également annoncer celui d’une économie marquée par des cycles de hausse et de baisse du PIB (Produit intérieur brut) après une parenthèse de 12 ans. Un tel environnement est propice aux alternances de performances des différents actifs financiers (actions et obligations, dollar et or, etc.). De quoi rendre ses lettres de noblesse à la gestion active par la possibilité qu’elle se donne d’identifier rapidement les inflexions du cycle économique.

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Les 4 paris de Carmignac pour continuer de performer avec les actions…
Publié le mardi 4 mai 2021
Si après une année 2020 spectaculaire, l’élan des valeurs technologiques s’essouffle, les convictions de Carmignac Investissement restent intactes. Les prix rédhibitoires et la réouverture des économies a, en effet, favorisé la « value » cyclique.

Face à ce défi, Axelle Pinon (Equity Product Specialist Manager chez Carmignac Investissement) nous explique pourquoi et comment Carmignac Investissement compte tenir ses paris sur ces « leaders de demain ».

Tout d’abord, ce ne sont pas que pas que des Google ou des Amazon dont on parle mais « toutes les entreprises qui ont pu provoquer, conduire, ou même s’adapter à ces changements séculaires », selon Axelle Pinon. Elles offrent donc plus de visibilité sur la croissance de leurs revenus. La gestion croit aujourd’hui en leur fort potentiel de hausse « quelles que soient les conditions économiques », y compris ces sujets d’inflation et de hausse de taux qui, actuellement, terrifient les investisseurs et agitent les marchés.

Le portefeuille va se construire sur 4 grandes tendances séculaires :

Le nouveau consommateur (37%)

Le e-commerce gagne d’ores et déjà du terrain dans nos modes de consommation, mais reste à un taux de pénétration très faible. Une fois que l’écosystème gagnera en maturité, la monétisation des plateformes permettra enfin une hausse notable des marges. L’éducation numérique est un autre thème phare, dont les débuts couronnés de succès permettront d’enrichir et améliorer les contenus à l’avenir. Le consommateur est également à la recherche d’authenticité. Quelques marques ont su se réinventer pour répondre à ce besoin en utilisant notamment la réalité augmentée pour améliorer l’expérience des clients et les attirer en magasin. Enfin, les marques de luxe qui sauront préserver et capitaliser sur la rareté de leur produits (Hermès) semblent avoir un avenir prometteur.

L’économie du digital (30%)
5% du PIB provient aujourd’hui des dépenses de technologie par les entreprises, ce chiffre va au moins doubler sur les 10 prochaines années. Les applications du Cloud deviennent incontournables (RH, finance…), mais le taux de pénétration est là encore toujours faible. La Data est aujourd’hui le Saint Graal des entreprises, l’exemple de Netflix l’illustre bien. L’entreprise a su exploiter les données des utilisateurs pour offrir un contenu « ultra-personnalisé » et cibler ses investissements.

La santé du futur (16.3%)
Le vieillissement de la population est une tendance séculaire qui transforme profondément le secteur de la santé faisant naître de nouveaux besoins (ex : soins à domicile), mis en lumière par la pandémie. La gestion identifie également la Chine comme un vivier riche d’opportunités. En retard par rapport aux pays développés, des avancées notables s’y font ressentir : 95% de la population a accès à une couverture de base (vs 3% dans les années 2000s !). Enfin, le 3ème vecteur est le développement de solutions médicales innovantes sur une multitude de sujets (thérapie génique, chirurgie robotique…).

Le changement climatique (6%)
Sur ce sujet, la gestion reste sur sa garde pour deux raisons : l’exubérance des valorisations et le risque lié aux « pure players » (vendu NIO après une envolée de 600% depuis son entrée en portefeuille). En plus des énergies renouvelables, la gestion s’intéresse particulièrement à la mobilité électrique qui a su asseoir son positionnement au-delà de son intérêt écologique. L’argumentaire est simple: « le game changer, c’est qu’on est passé de produits qui ne font pas rêver à des véhicules plus attractifs que les automobiles traditionnelles… Et pour cela, on peut remercier Tesla ».

Mais le serpent de mer redouté des gérants « growth » revient … Quid de la rotation sectorielle ?

Le mandat des gérants ne les empêche pas de gérer ni la taille de leurs positions ni la cyclicité de leur portefeuille : prises de bénéfices, et liquidation de tout ce qui peut souffrir d’une hausse des taux. En parallèle, 30% du portefeuille est à ce jour exposé à « des titres de croissance séculaire directement liés à la réouverture des économies » selon Axelle Pinon.

Les fonds sont donc réalloués dans :

Le luxe et la consommation discrétionnaire (Hermès, Volswagen, Puma) : favorisée par des niveaux d’épargne « forcés » et élevés, qui n’attendent que d’être déboursés

La mobilité et le tourisme (Booking, Ryannair, Uber) : profitant des aides de l’état (dont certaines structures endettées mais qui voient le bout du tunnel) et les réouvertures

Les financières (Capital One, Worldline) : en dehors des bancaires qui souffrent de problèmes structurels (réglementation, concurrence des Fintechs…)

Pour conclure, il est vrai que la reprise cyclique a entravé la trajectoire du style croissance, celui-ci est amené à sous-performer « temporairement » selon la Axelle Pinon. Cependant, Carmignac Investissement s’est agilement positionné pour capturer de la valeur, à travers un savant mélange entre des titres sensibles à la reprise économique, et d’autres naviguant avec prestesse les grandes mutations séculaires.

Le fonds a en effet surperformé 82% de ses pairs depuis sa prise en charge par David Older.

Pour en savoir plus sur Carmignac Investissement (+7,12% YTD après +33,65% en 2020 et +24,75% en 2019) et les fonds Carmignac, cliquez ici.

Article rédigé par H24 Finance. Tous droits réservés

Très instructif, il serait juste intéressant de résumer un peu plus.