Allianz durcit les conditions d’accès à ses assurances-vie

Allianz durcit les conditions d’accès à ses assurances-vie

L’assureur impose 30 000 euros d’investissement au minimum et au moins 30 % d’unités de compte.

DANIÈLE GUINOT

Allianz va réduire la rémunération des fonds en euros servie au titre de 2019.
ASSURANCE Avec la chute des taux d’intérêt, devenus négatifs pendant l’été, investir dans des fonds d’assurance-vie en euros (les moins risqués) devient de plus en plus difficile. Les uns après les autres, les assureurs mettent en place des barrières à l’entrée. Allianz France impose ainsi désormais un seuil minimal d’investissement de 30 000 euros pour placer son épargne dans de l’assurance-vie (pour les nouveaux contrats). Par ailleurs, 30 % au minimum des fonds doivent être placés dans des unités de compte (actions, immobilier…). Ce qui, dans les faits, revient à fermer la porte aux assurés, même les plus âgés, souhaitant uniquement investir dans des fonds en euros. « Nous dirons non aux clients qui ne veulent souscrire que des fonds en euros », confirme Jacques Richier, PDG d’Allianz France. D’autres assureurs, comme Generali ou AG2R La Mondiale se sont ces derniers mois engagés dans la même voie.

Allianz France incite ses 500 000 clients français à souscrire des unités de compte (UC) depuis quatre ans déjà. « Les taux sont très bas depuis cinq ans, et nous avons toujours considéré qu’ils le resteraient longtemps. Ce qui nous conduit à changer de modèle économique. Les unités de compte représentent déjà 30 % du stock de nos contrats d’assurance-vie », fait valoir Jacques Richier. Un niveau supérieur au marché, les contrats d’assurance-vie étant investis à 20 % en moyenne en unités de compte.

Rémunération sabrée
Pour répondre à son devoir de conseil, Allianz aidera les assurés à choisir les unités de compte les plus adaptées à leur profil de risque. Une pratique appelée à se généraliser dans toutes les compagnies, qui cherchent des alternatives aux fonds en euros. « Il faudra harmoniser la définition des profils de risque, estime le PDG d’Allianz France. Actuellement, chaque compagnie a sa propre définition. Cette harmonisation se fera sans doute au niveau européen. » L’assureur compte aussi orienter ses clients vers les nouveaux plans d’épargne retraite (PER).

Comme tous ses concurrents et à la demande des superviseurs, Allianz France réduira la rémunération des fonds en euros servie au titre de 2019.

Pour l’heure, la compagnie se contente d’indiquer que la baisse sera supérieure à celle de 2018 (- 0,2 %). Elle pourrait être marquée. Deux assureurs ont déjà annoncé qu’ils sabreraient leur taux cette année : chez Generali, qui compte près de deux millions d’assurés en France, la rémunération tombera à 1 % (avant prélèvements sociaux de 17,20 %), contre 1,75 % en 2018. Idem chez Swiss Life (1 % contre 1,5 % en 2018). Ce qui a de quoi dissuader les épargnants d’investir dans les fonds en euros. Et vise à protéger les assureurs-vie fragilisés par les taux d’intérêt négatifs. De fait, cet environnement fait fondre le rendement des fonds en euros, essentiellement investis en obligations, et fait peser une double menace sur le secteur de l’assurance-vie. Une hausse brutale des taux inciterait les épargnants à retirer leur épargne ; mais si les taux d’intérêt restent durablement bas, cela pourrait être synonyme de danger pour les compagnies.

Dans ce contexte, les mutuelles d’assurance ont récemment demandé le soutien du gouvernement, selon Les Échos. Elles souhaitent que le régulateur tienne compte du choc des taux négatifs et applique les règles de solvabilité avec plus de souplesse. Mais, selon certains acteurs, cela ne sera sûrement pas suffisant. « Les assureurs-vie français doivent prendre des mesures plus audacieuses et revoir leur modèle économique, avancent dans une note les analystes de Fitch, qui comme Moody’s viennent de placer le secteur français de l’assurance-vie sous perspective négative. Néanmoins, le secteur, solide, reste capable d’absorber ces difficultés.

Le Figaro - mardi 3 décembre 2019